Chouette de Tengmalm (2024)

Son regard m’a fait chavirer.
Tomber amoureux, vraiment.
Mais ce regard se mérite.
Il faut d’abord marcher, dans la nuit, en plein hiver.
Attendre, immobile, les pieds dans la neige, pendant des heures.
En silence, on guette le moindre bruit, le moindre chant.
Va t-on l’entendre ?
Rien n’est moins sûr.
Combien de fois sommes-nous rentrés bredouille ? Heureux de ce temps passé ensemble, certes, mais sans l’avoir entendue, même dans le lointain.

Nous organisons le suivi de cet oiseau mystérieux au sein d’une association dont je fais partie : Nature En Occitane. Et nous nous retrouvons donc entre naturalistes passionnés, à arpenter les forêts pyrénéennes durant l’hiver.

Lorsque la chance nous sourit, et que nos oreilles perçoivent ce doux chant fluté, du-du-du-du-du-du-du-du… nous rentrons le coeur en fête ! Nous ne l’avons pas vue, mais nous savons qu’elle est là, et c’est largement suffisant pour qu’une immense joie nous relient tous les uns aux autres, et à elle, la belle chouette de Tengmalm.

Alors, lorsqu’un nid est découvert c’est l’euphorie. La belle se découvre au grand jour lorsque nous venons vérifier l’avancement de la nichée. Nous grattons l’arbre à loge, et elle se montre un instant à la fenêtre. Le temps s’arrête.

Ses deux pupilles sont comme deux grands soleils qui nous fixent avec douceur. Elle semble étonnée parfois. Elle a sommeil souvent, et ses paupières paraissent bien lourdes. Il lui est arrivé de s’autoriser une petite sieste au soleil. Et puis, soudain, elle rentre à nouveau dans la loge.

C’est le moment pour nous de quitter les lieux. Les secondes avec elle sont précieuses. Car la tranquillité de l’oiseau est notre premier impératif, et nous devons donc espacer nos visites.

 

Dernièrement j’ai eu l’immense joie de croiser à nouveau ce regard, et l’envie de lui rendre hommage par un pliage (que j’ai depuis longtemps) a enfin germé. Un carré de papier plié forme son visage, gris et marron. Et, une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de lui rajouter des yeux. J’avais tourné le problème dans tous les sens : c’était vraiment impossible de plier des deux billes si lumineuses, si circulaires. Alors je franchi les barrières imaginaires de l’origami, et voilà que je retrouve ce regard, si perçant, si lumineux, entre mes mains.

Je t’aime, petite chouette

Plié à partir d’un carré de papier Arches (185 g/m²) + 2 cercles de papier peints pour les yeux