Gypaète barbu (2022)

Les mots me manquent pour décrire l’émotion de ces rencontres avec le seigneur des cimes. Ces dernières semaines, le Gypaète barbu m’a offert un spectacle époustouflant et une proximité inespérée, à peine deux mois après mon emménagement dans les Pyrénnées.
Il s’est dévoilé plusieurs fois, en vol, juste au dessus de ma tête, puis en pleine action, en train de casser les os d’une patte de cerf, à 50 mètres de moi ! J’en ai encore des frissons. Et il y a quelques jours j’ai eu l’immense privilège de pouvoir observer son petit, au nid. Cette observation à longue distance (800m) demande de grandes précautions pour ne pas les perturber : arrivée tôt, camouflage permanent et départ une fois la nuit tombée. Je partagerai bientôt avec vous les images de ce petit gypaèton que j’ai réussi à tourner avec mon téléphone fixé sur ma longue vue, pour l’instant

elles sont encore au chaud tout près de mon coeur.
Les récentes chutes de neige m’ont invité à rester bien au chaud, et dans mon coeur a germé le désir d’approcher par l’origami ce vautour si mystérieux.
Le processus de création a duré plusieurs jours. Les heures passées à l’observer là-haut dans la montagne ont tenté de guider mes mains au plus proche de l’âme du Gypaète. J’avais le sentiment qu’elles savaient où aller, sans que mon esprit, lui, ne le sache vraiment.
Il me semblait difficile d’obtenir le noir et le orange aux bons endroits, mais pour mes mains ce fut une formalité. Mis à part les changements de couleurs et l’allure générale, l’élément central du pliage était le visage du Gypaète, avec cette « barbe » caractéristique. J’ai plié tout le modèle sans m’en soucier vraiment, comme si je savais que mes doigts trouveraient bien une idée au dernier moment. Et c’est ce qu’il s’est passé. La simplicité de l’astuce qui permet de réaliser ce visage m’a rendu euphorique: j’ai eu l’impression d’une révélation.
Le lendemain, pendant que le pliage séchait, je suis allé dehors avec ma fille, à quelques pas de chez moi. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir voler le Gypaète trente mètres au dessus de nous! J’ai une immense gratitude pour ces cadeaux de la vie. Lorsque ce n’est pas moi qui vais le voir là-haut, il semble que ce soit lui qui vienne me rendre visite.
Mon pliage terminé, il ne restait alors plus qu’à l’emmener dehors, pour qu’il s’envole enfin. J’ai alors sorti mon appareil photo pour partager avec vous ce moment.
Voilà l’histoire de ce pliage. Désormais un lien s’est tissé entre le Gypaète et moi. J’ai pu toucher du doigt quelques uns de ses mystères, et caresser ses plumes majestueuses.
Merci de m’avoir laissé t’approcher.

Plié à partir d’un carré de papier Arches (185 g/m²)