Gypaèton 5 (2023)

À quelques jours du Noël de l’année 2023 j’ai raconté jour après jour l’histoire de la naissance… d’un gypaète ! Car elle tient vraiment du miracle celle-là ! (Cliquez sur les flèches en bas pour suivre l’histoire, le numéro du gypaèton vous indiquera le sens de lecture)

Brume.
C’est le nom que je t’ai donné.
Elle a souvent enveloppé le nid où tu as grandi. Et puis, comme les gypaètes, la brume est mystérieuse, elle apparait et disparait sans prévenir.

Ce matin-là tes deux parents se sont perchés non loin de toi, à flanc de falaise, l’un en dessous de l’autre.
C’est comme s’ils voulaient assister à ton premier envol.
Mais non.
Tu les as bien observé passer devant toi.
Et puis ils sont partis.
Cela te démangeait, mais quelques chose te retenait encore.
Je t’ai beaucoup parlé ce matin là.
Ai-je perçu quelques chose de différent dans ton attitude ?
Oui, je le crois bien.

Et puis, l’impensable.
Encore.
A 10h23.
Tu t’es envolé.
Un vrai saut dans le vide.
Plein de confiance.
Mon sang n’a fait qu’un tour.

J’ai pu filmer la scène avec mon téléphone sur ma longue vue.
Les images sont époustouflantes.
Elles seront dans un film, un jour.

Tu as volé 25 secondes interminables, avec, déjà, l’élégance de tes pairs. Et puis tu as disparu derrière un arbre.

L’instant d’après j’éclatais en sanglots. Des jours, des heures que j’attendais ce moment sans trop y croire. Incrédulité, sidération, sentiment de profonde communion. Car nombreux sont les observateurs passionnés du gypaète qui, après 20 ans, n’ont pas encore vécu ce moment. Et moi j’ai l’immense privilège de les observer depuis un an et demi et d’avoir eu déjà deux fois cette chance.

Ah mes chers gypaètes, j’ignore de quoi sont fait les liens invisibles qui nous relient. Peut être que je renoue simplement avec une intuition sauvage qui sommeillait en moi, et qui sommeille en chacun de nous. Ou bien alors, aurai-je été l’un des vôtres dans une autre vie ?

Voilà l’origami qui vient clore cette histoire : Brume qui prend son premier envol.

Une émotion impossible à retranscrire fidèlement avec des mots, il me fallait des plis pour y glisser tout l’amour et l’admiration que je lui porte.

Petit bonus pour ceux qui seront arrivés jusque là : la photo juste après, c’est Brume !

Pour obtenir ce cliché j’ai dû monter plus haut. Tout là-haut, sur les crêtes, loin de son nid.

Au fond de moi l’espoir un peu fou qu’il vienne faire un tour ici.

Nous sommes le 7 juillet, cela fait trois semaines qu’il s’est envolé.

Et cette fois-ci, c’est lui qui est venu me voir.

Plié à partir d’une bande de papier Arches (185 g/m²)