Jeune chouette de Tengmalm (2024)
Tu es née au cœur d’un arbre.
Une loge creusée par un pic noir dans un grand hêtre, parfaitement vivant.
Dans ce nid, de jeunes pics noirs ont sûrement vu le jour.
Et puis, quelques années plus tard, voyant la loge vide, tes parents s’y sont installés.
Tu as grandi entourée de tes frères et soeurs, et de ce tronc qui palpite.
Durant des semaines, tu as vu tes parents aller et venir par l’entrée de la loge.
Cette petite fenêtre sur le monde inondait le nid d’une douce lumière la journée, et puis s’éteignait le soir.
Par cette petite fenêtre milles sons entraient dans ton logis.
Cette entrée, toi, tu ne pouvais l’atteindre.
Un paysage sonore : voilà tout ce que tu pouvais percevoir.
Cette petite fenêtre était bien trop haute pour toi.
Mais un jour, tu as pu t’y hisser.
Et tu as découvert le monde.
Le dehors.
Avalanches de couleurs et de présences.
Des feuilles, des arbres et le vent dans tes plumes.
Le roitelet qui papillonne de branche en branche.
Le cerf qui avance fièrement dans le sous bois.
Et puis, tu as vu tes parents voler.
Oui.
Toi aussi.
Un jour.
Tu pourras.
Je t’ai rencontré juste avant.
Tu étais là, à la fenêtre.
Tu m’as regardé.
J’étais ébahi.
Le coeur battant à tout rompre.
J’étais sur le point de repartir, tu sais.
Je te croyais déjà loin.
Deux heures que j’attendais au pied de l’arbre.
Sans te voir.
Mais tu es sortie.
Je t’en remercie.
Alors ce moment-là, j’ai voulu le traduire en plis.
Un carré de papier noir et blanc, juste plié.
Deux disques pour suggérer ton regard.
Et puis, te ramener, dans la forêt.
T’y photographier.
Écrire ce texte.
Tout cela pour parler de toi.
Peupler notre imaginaire de ta présence.



