Mail 10

Bonjour à toutes et à tous,

Je vous souhaite une très bonne année 2015, pleine d’amour, de sourires, de regards complices, de joies débordantes et de folies passagères, une année paisible et sereine, où pousseront allègrement les graines du partage, de l’entraide et de la sobriété heureuse. Pour aujourd’hui comme pour demain, il me semble important que l’on sème…

Le temps file à une allure… Déjà un mois que je suis en Martinique et je ne vous ai encore rien raconté!

Tout commence dans la petite bourgade du Marin, au Sud de l’île. Elle porte bien son nom car elle accueille des centaines (des milliers même) de voiliers! Nous sommes donc loin du village martiniquais typique, et c’est cela qui nous fait prendre la poudre d’escampette. Nous quittons la villa d’Emmanuel en laissant quelques affaires. Les amis de Rémi ont loué une voiture, ils partent vers le Nord. Remi les accompagne, ils me déposent sur une plage magnifique, j’y retrouve les jeunes du bateau Abalone souvenez vous! (Pauline, Julie et Nico) J’embarque sur leur beau voilier, nous sommes 7 à bords, en comptant les 3 marins à la retraite propriétaires du bateau. Que c’est agréable de changer d’ambiance! Après un bon petit repas et un bain avec les tortues (!) nous allons à l’anse noire, où un couple de pélican nous explique comment ils pêchent. Je saute à l’eau, avec un masque et un tuba et je comprends mieux pourquoi les pélicans ont choisi cet endroit, je découvre d’immenses bancs de poissons, et lorsque j’approche ma main ils s’écartent de concert, si gracieusement.

Le lendemain nous naviguons quelques heures jusqu’à la base navale de Fort-de-France, une place leur est réservée. (Éric, qui connait le commandant second de la base, ne sait pas s’il aura une place à la base navale, cela l’a angoissé pendant toute la traversée! Il nous avait dit, à Remi et à moi qu’il pouvait nous emmener jusqu’à Fort-de-France mais qu’il était hors de question de rester à la base navale car nous ne sommes pas de la Marine!) Les marins d’Abalone sont amis avec le commandant de la base (pas son second!) et c’est tout naturellement que je me retrouve avec un badge donnant accès à la base, alors qu’Éric n’est pas encore là! Drôle de revanche! Nous avons droit à une visite guidée du Fort saint Louis, puis nous allons faire un tour en ville, tout est fermé, et ça craint un peu, ils y a des drogués (au crack) à chaque coin de rue. Quel désastre les grandes villes! Le soir, alors que nous jouons aux dés sur le bateau, Éric et Jean-Louis nous rendent une visite, ils viennent d’arriver à la base, lorsqu’ils me voient ils disent « ah, il est là lui! ». Je ne prononcerait que le mot « au revoir » lorsqu’ils tourneront les talons, après quelques minutes glaciales (car j’ai un peu parlé de mon expérience à mes nouveaux équipiers). Cela m’a fait mal au ventre de les revoir, tant pis, ça passe vite car nous reprenons notre jeu! Le lendemain je leur dit au revoir, Remi qui est venu rendre la voiture de location m’attend à l’entrée. Il discute avec Éric et Jean-Louis, encore eux, une poignée de main fugace, et nous filons, c’est la dernière fois que je les verrai! Nous prenons un bus pour la petite ville du Prêcheur, au nord de l’île. Une nouvelle aventure commence.

Nous marchons pour atteindre le petit gîte que les amis de Remi ont loué, et sur le chemin je repère des fruits de la passion dans le jardin d’une maison qui semble inhabitée. Ce serait dommage qu’ils pourrissent parterre, nous rentrons et remplissons un sac, il y a des caramboles aussi, ces fruits qui forment des étoiles lorsque nous les coupons en tranches. Magnifique! Nous passerons une semaine à cet endroit. Remi et moi nous sommes installés dehors, lui avec son hamac, et moi ma tente (car j’ai oublié mon duvet chez Emmanuel et j’ai un peu froid dans mon hamac! J’ai aussi oublié ma veste de pluie et mes chaussures fermées, je n’ai que mes chaussures de voile et mes tongues, cela aura son importance plus tard!). Pour fêter les 50 ans de Rémi, nous allons manger des langoustes! Au bout de 10 minutes ils ont déjà fini de manger alors que je décortique encore ma première patte. J’ai passé bien 40 minutes à déguster ma langouste… et les leurs bien évidemment, car ils ont laissé plein de bonnes choses! Je suis aux anges, j’ai de la sauce plein les mains, la bouche et le bout du nez! Mais quel plaisir! Je ne comprends pas qu’on puisse ne pas tout décortiquer, non seulement parce que c’est bon, mais surtout par respect pour cet animal à qui on a ôté la vie.

Quelques jours plus tard Remi et moi nous lançons dans l’ascension de la montagne Pelé, point culminant de la Martinique (1300m). Nous partons du gîte (alt. 50m), et nous sommes bien chargés, tente, réchaud, à manger, et au moins 7 litres d’eau (nous voulons faire un tour de trois jours). Au début c’est de la route, peu fréquentée, mais bien pentue. Nous transpirons à grosses goutes. Nous croisons de jeunes touristes, leur voiture a un pneu crevé, mieux vaut compter sur ses jambes! A 800m d’altitude commence le sentier de randonnée, nous sommes déjà bien épuisés, nous posons nos sacs à terre, une pause s’impose. Il y a là une borne d’appel d’urgence, et comme Rémi n’est jamais à court d’idées saugrenues, il monte debout dessus. Il me dit qu’il y a un panneau solaire au dessus. Et puisque ça me tente aussi de prendre un peu de hauteur, je monte à mon tour. Sauf que pour redescendre je veux faire mon malin et je saute depuis là haut, ma main glisse sur le bord du panneau solaire, aïe! Ça saigne pas mal, je me fais un pansement de fortune avec un mouchoir, et nous reprenons la marche.

Quelle idée d’avoir des sacs aussi lourds, tous les gens que nous rencontrons n’ont souvent qu’une bouteille d’eau! Lorsque nous arrivons en haut c’est très brumeux et la vue sur l’ensemble de l’île n’est pas au rendez-vous! Le soleil se couche dans 2 heures, il faut décider où dormir. Il y a des abris, mais ils sont vraiment dans un sale état. Il se met à pleuvoir. Nous nous réfugions sous l’un d’entre eux. Il y a une planche de bois sec, parfait pour allumer mon petit réchaud et nous faire à manger. Mais Rémi n’est pas trop motivé, nous décidons de redescendre par un autre chemin, on nous a parlé d’une auberge. Nous rencontrons deux martiniquaise qui nous amènent à l’auberge en voiture, ce n’était pas si proche que ça! Mauvaise surprise en arrivant: on ne peut ni manger ni dormir ici, il fallait réserver. Nous repartons avec elles, elles nous déposent à Saint-Pierre. On mange un bout et on essaye de faire du stop, à peine 10 km nous séparent du gîte. Mais personne ne s’arrête. En déambulant dans les rues à la recherche d’un hôtel, un mec nous lance depuis la terrasse d’un café : « Si vous voulez faire une pause c’est ici! » On lui explique notre problème, il se propose de nous ramener! Ouf! Nous buvons un verre avec lui avant de filer. Il me raconte qu’il est instituteur dans une école, et que si je veux enseigner ici je peux commencer demain vu le diplôme que j’ai. À notre retour, Valérie et Claude (les amis de Rémi) ont invité Arthur et Christine, un couple rasta, lui martiniquais, elle métropolitaine. Elle fait des origamis, je me découvre une nouvelle passion, quelques jours plus tard je serai chez eux, dévorant son livre d’origami. Pour l’heure nous avons besoin de nous reposer, nos corps n’avaient pas fait d’exercices depuis plus de 2 mois, il faut dire que sur un voilier de 10 mètres on ne marche pas beaucoup!

Nous retournerons plusieurs fois à Saint-Pierre, un alsacien tient un petit restaurant. Il écoute France bleu Alsace, vend des produits de son terroir et ne reçoit que des « blancs ». Je me dit que s’il est tant attaché à sa région sa place n’est pas vraiment ici… Nous venons boire un verre et nous connecter à son wifi, mais puisqu’il juge notre tenue pas assez correcte nous ne pouvons pas monter à l’étage où les gens mangent… sympa! Sauf que… à un moment j’entends quelques notes de piano venant de là haut… Je lui demande si je peux aller jouer, « oui! » « super!’ ». Je suis aux anges, 2 mois sans piano c’est trop long, j’ai du mal à me souvenir de tous mes morceaux. Mais quel bonheur!

Quelques jours plus tard Rémi et moi décidons de partir pour une nouvelle rando. Après plusieurs heures de marche dans la forêt tropicale nous arrivons à l’anse des galets: plage déserte, cocotiers, nous installons notre campement. C’est idyllique. Le lendemain c’est le 24 décembre, Rémi part pour une cascade pendant que je reste là, je veux me poser, ressentir ce lieu, l’observer, l’admirer, me baigner dans la mer et la rivière, manger des noix de coco et écouter le chant des vagues et des oiseaux. Lorsqu’il revient il a 3 cadeaux pour moi: ma tongue que j’ai perdu sur le chemin la veille, une fleur de balisier (rouge, en forme de sapin de Noël, voir photo en pièce jointe), et un troisième cadeau qu’il retourne chercher à 10 mètres de là. Il me tend son sac à dos, me recommande d’ouvrir avec précaution, « c’est vivant ». Je lui réponds « Mais bien sûr ! »

J’ouvre délicatement la fermeture éclair et je découvre trois petits cabris blanc et noir. Je n’en crois pas mes yeux. Il les a trouvé sur son chemin, ils appelaient leur mère mais elle n’était pas là. Il est est repassé une heure plus tard, ils n’avaient pas bougé. Alors, dans l’euphorie peut être, mais en suivant son instinct aussi, il les a ramené. Quel cadeau! Nous n’avons rien à leur donner à manger, ils ne sont pas sevrés, ils ont encore besoin du lait de leur mère. Il commence à pleuvoir, nous nous réfugions sous ma tente, les cabris ne veulent pas venir s’abriter, ils pleurent dehors et nous ne pouvons rien faire pour eux, je suis désemparé. Le lendemain, nous partons, les cabris sur le dos, comme si nous n’étions pas assez chargés. Sur le chemin nous les lâchons, peut être nous suivront ils. Pas du tout, ils font demi tour et je leur cours après pour ne pas les perdre. De retour à la civilisation, nous faisons l’attraction, les enfants viennent les caresser mais les parents ne sont pas bien loin pour éviter que nous leurs offrions un cadeau de Noël plein de poil et qui fait « beéeeehhh » toutes les 2 secondes. Nous sommes sur un parking, le village est loin, nous attendons que quelqu’un veuille bien nous prendre en stop. En attendant nous faisons sécher nos affaires sur les capots brulants des autos. De retour au village, les gens se pressent autour de nous, nous qui voulions juste leur trouver une famille d’accueil, nous devons répondre à la question « combien vous en voulez? » Ces cabris n’avaient pas de prix dans nos coeur, mais apparemment ils sont d’une race assez peu commune. Contre un billet de 50 euros nous disons adieu à ces petits cabris. Et nous allons chez Christine et Arthur, c’est là que sont les amis de Rémi, et c’est là que nous passerons la semaine qui suit.

Au programme: Origami! Je fais un paon, un éléphant, une tortue, et plusieurs boules modulaires, je vous joins quelques photos! Nous passons le nouvel an avec des métropolitain venus s’installer en Martinique. Ambiance foie gras et champagne, on est loin des traditions locales, je me rattrape en discutant toute la soirée avec le seul martiniquais de la soirée, un pêcheur rasta qui parle énormément.

Pour remercier Arthur et Christine de nous accueillir chez eux nous allons aider Arthur sur un chantier qu’il débute: recouvrir un toit en tôle avec des feuilles de coco. Objectif déco, et « avoir moins chaud »! Nous passons 4 jours à l’aider. La propriété dans laquelle nous travaillons est magnifique, une après midi, Remi et moi remontons la rivière jusqu’à une superbe cascade. Mes chaussures de voile ne me tiennent pas du tout le pied, toutes ces randonnées les ont fatigué, les semelles intérieures se décollent complètement, mais le jeu en vaut la chandelle, la cascade est magnifique.

Vient le jour où les amis de Rémi doivent repartir en France, et cela nous donne l’énergie de faire nos bagages pour redescendre au Marin pour trouver un bateau et poursuivre le voyage. La veille de nos départs, Christine et Arthur ont invité Hervé (un artisan et flutiste assez connu sur l’île) et sa copine Mandrine. Nous passons avec eux une soirée magnifique, il nous joue quelques airs de flûte, ils les a fabriqué lui même en bambou. Je lui pose des dizaines de questions, je ne pouvais rêver plus belle rencontre. Le lendemain… nous partons avec eux, chez eux, le Marin attendra. La vie a mis ce flutiste sur ma route, je ne veux pas passer à côté!

La suite arrive bientôt! Au programme, des airs de flûtes, un concert, des perles, du jardinage, la naissance de petits agneaux, le retour au Marin et la rencontre extraordinaire d’une fille ayant le même nom que moi (Rebouillat), presque le même âge, et étant née à quelques kms de mon lieu de naissance… et voulant rejoindre avec son copain le Vénézuéla à la voile… ça en fait des points communs!

Je vous embrasse tous très fort,
Jonathan

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Jonathan Rebouillat
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