Mail 11

Bonjour à toutes et à tous,

Nous sommes donc partis avec Hervé et Mandrine, laissant derrière nous Christine, Arthur et Domino, le petit cochon. C’est en écoutant le dernier album d’Hervé que nous avons fait la route jusqu’à son atelier, sur la côte Est de l’île. Il dispose d’un grand hangar dans une zone industrielle, et nous découvrons son univers: des calebasses dans tous les coins, des oeuvres d’arts accrochées sur chaque étagère, des graines de toutes les couleurs qui finiront au tour du cou ou de la taille d’une femme, des bambous prêts à devenir des flûtes enchantées… et nous au milieu de tout cela, nous l’étions déjà, enchantés.

Nous avons passé une semaine à ses côtés! Nous l’avons aidé dans son jardin (dans la montagne), à sa boutique, à son atelier, et en échange il nous hebergeait gentiment. C’est une personne formidable, toujours le sourire aux lèvres et un petit mot attentionné pour chacun. Je lui ai percé de nombreuses graines, j’ai tenu sa boutique quelques après-midi, j’ai rangé son bureau… et en échange, le dernier jour, il m’a fabriqué une flûte magnifique. J’étais si heureux! Il faut dire que durant toute cette semaine je lui empruntai ses flûtes pour retrouver les mélodies de ses chansons. Je n’avais jamais fait de flûte traversière mais j’étais déjà amoureux de l’instrument! Partir d’un morceau de bambou pour en faire un instrument de musique, je trouve ça magique!

Je vais vous expliquer rapidement comment il procède. Lorsque la lune est descendante, il part dans la forêt chercher ses bambous. Pourquoi à ce moment là? Parce que la sève est alors redescendue: les bêtes, qui cherchent le sucre, ne viendront donc pas coloniser la future flûte! Il les choisi le plus droit possible, et d’une couleur jaune-orange, il ne faut surtout pas qu’ils soient verts sinon ils se déformeront. Ensuite ils coupe un morceau d’une cinquantaine de centimètres, qui s’étale souvent sur deux segments. Il casse ensuite la paroie entre ces deux segments et perce le trou par lequel on soufle. En soufflant dedans, et à l’aide d’un accordeur, il ajuste la tonalité de la flûte (ré, fa, sol,…) en recoupant sa longueur (par exemple, une fa mesure 43 cm alors qu’une sol en mesure 42). Il perce ensuite les 6 autres trous grace à un formule magique que lui a transmise un ancien: par exemple le premier trou se situe à 59,5% de la longueur de la flûte. Il ajuste ensuite la taille de chaque trou grace à l’accordeur. La flûte est terminée, j’ai poncé la mienne et je l’ai fait tremper 2 heures dans de l’huile de lin pour lui donner une jolie teinte et la solidifier. Elle est splendide, d’autant qu’elle n’est faite que sur un seul segment de bambou (ce qui est plutôt rare), cela lui donne un son plus rond, plus chaleureux.

Nous l’avons accompagné lors d’un de ses concerts, dans un restaurant. Je tenais son petit stand d’artisanat pendant qu’il jouait, j’ai adoré l’écouter et je lui ai vendu quelques objets.

Nous avons aussi aidé Mandrine dans son jardin. Elle a une dizaine de moutons qui lui mangent l’herbe… mais aussi ses légumes! Elle les attache, ils se détachent, elle les enferme, il faut leur couper de l’herbe. Elle a du mal à s’en sortir seule, son cabanon n’a ni électricité ni eau courante mais elle ne se dépare jamais de son sourire. Des petits agneaux sont nés, j’étais sous le charme. La rencontre de Mandrine et Hervé fut merveilleuse.

Natacha est arrivée en Martinique peu avant notre retour au Marin. Elle a pris un avion pour rejoindre Remi au plus vite. Nous voilà donc tous les trois dans la villa d’Emmanuel, à chercher un bateau. L’arrangement que nous avions avec Manu était simple: nous lui rendions un coup de main en échange du logement. Je l’ai aidé à faire le ménage dans ses gîtes, passer un coup de balai pour enlever les feuilles, chaque jour. Le plus dur fut de l’écouter, il parle il parle il parle, et se plaint en permanence, rien de positif ne se dégage de lui. Remi et Natacha se sont absentés quelques jours, le temps pour moi de comprendre que mon voyage allait prendre une autre direction, je n’imagine pas continuer la route avec eux deux, je dois me résoudre à quitter Remi, pour mieux le retrouver un autre jour! C’est à ce moment que Remi et Natacha ont trouvé un bateau pour les Grenadines, et que j’ai reçu un message: « Salut Jonathan, on a vu ton annonce… » À ce moment là je me rejouis! « Nous cherchons aussi un embarquement… » ZUT !! « On pourrait se voir pour discuter, d’autant qu’on est peut être cousins, mon nom est aussi Rebouillat! » Alors là je suis bluffé, je n’ai jamais rencontré quelqu’un avec le même nom que moi, alors à l’autre bout du monde, du même âge, alors que nous cherchons tous les deux un bateau pour l’Amérique du Sud? Complètement improbable!

Ils sont adorables, Lucie (Rebouillat donc) et Maxime (son copain). Les prochains jours nous cherchons des bateaux ensemble, arpentons les pontons, accrochons nos annonces un peu partout. Il y eut une autre belle rencontre: Mathieu, ethnomusicologue ! Étant pianiste moi aussi, et passioné de tribus dites primitives, nous avions pleins de choses à nous raconter et à se faire écouter. Il est parti de France il y a deux ans, à pied, et à traversé la France, l’Espagne, le Portugal, le Maroc, la Mauritanie, et le Sénégal. il cherche lui à rejoindre le continent Sud américain. Nous rêvons tous les quatre d’embarquer, peut être tous ensemble, ce serait genial! On a une piste pour la Colombie, on croise les doigts pour que ça fonctionne! Vous en saurez plus dans mon prochain message, et je vous parlerez du bateau pirate où je viens de passer la nuit, c’est la réplique du bateau de Magellan!

Je vous embrasse bien fort,

Jonathan

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Jonathan Rebouillat
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