Mail 14

Bonjour à toutes et à tous,

J’espère que vous allez bien, s’il fait un peu froid chez vous, rassurez vous, après ce message vous aurez très très TRÈS CHAUD!

Je suis donc parti vers midi le jeudi. Lorsque je franchi les portes de l’hôtel et que je me lance sur la route c’est la première fois que je monte sur mon vélo chargé ! Le poids que j’ai mis à l’avant (la tente, les affaires de pluie et un peu de nourriture) me fait zigzaguer dangereusement, il faudra que je m’y fasse. Il y a beaucoup de trafic et il me faut bien une heure et demie pour sortir de Carthagène! Au lieu de me retrouver seul, dans la campagne, sur une petite route fleurie, avec une petite brise dans le dos pour me rafraîchir… je suis assailli par des centaines de camions, il fait une chaleur étouffante et les seules pauses que je peux m’autoriser sont les stations services qui pullulent, tous les 2 kms. Je bois beaucoup, profite d’un peu d’ombre et repars au combat. Il faut vraiment le vouloir pour continuer, à certains moments je doute, qu’est ce que je fais là? Pourquoi je ne vais pas directement en Amazonie vivre comme je le veux? Je pourrai y etre demain si je prenais un bus, pourquoi je m’impose une telle épreuve, passer des semaines entouré de gaz d’échappement, de bruits de camions, de motos qui hurlent? La réponse est simple, je ne veux pas utiliser de pétrole, je veux découvrir la Colombie que les touristes ne voient pas en passant en bus, je veux porter le message qu’on peut tout faire à vélo, qu’il faut juste se donner le temps… Mais si je continue aujourd’hui, mardi, c’est parce qu’il y a beaucoup moins de camions sur la route que j’ai choisie, sinon je pense que j’aurai laissé tomber…

Après 40 kms, il est 17h, la nuit tombe dans une heure, il faut que je trouve un endroit où dormir. Il n’y a aucun terrain qui ne soit pas clôturé par des barbelés, et je ne vois pratiquement personne dans les maisons. Lorsque j’aperçois des gens, je m’arrête, je leur explique ma situation, ils m’ouvrent leur porte! Je suis sauvé! On discute un peu et je leur dit que je peux aider leurs enfants à faire un peu de maths! Ils courent chercher leurs cahiers, et c’est parti pour des multiplications, des soustractions, des additions… Ils sont trop mignons! C’est drôle, l’un d’entre eux s’appelle Yan Karlos, j’avais un élève qui s’appelait Jean Carlo à Montpellier! Ils me proposent ensuite d’aller prendre une douche, je suis aux anges! Il faut aller chercher l’eau au puits, pas de problème! Nous pénétrons sur le terrain des vaches, et au lieu d’un puits je découvre une marre boueuse… C’est cela qu’ils appellent « pozo »! J’ôte mes chaussures pour remplir un seau, je ressors de le boue jusqu’au genoux, plus sale que je n’étais avant, je leur dit, ça les fait rire! Ils partent se cacher pendant que je me douche, puis c’est leur tour. Parfait cette petite douche. J’installe ma tente dans une pièce vide, puis vient l’heure de manger. Je leur ai dit que j’avais de quoi manger, pour ne pas trop m’imposer. Il me reste un peu de déjeuner, du riz et un morceau de viande. Je commence à manger, les enfants me rejoignent avec leurs bols. Ils me donnent un peu de salade, je leur donne un peu de viande. Ils sont si attentionnés, je suis charmé. Lorsqu’ils n’ont plus faim il me donnent ce qu’il leur reste, adorables! Plus tard, leur mère me donnera un bol de riz et de salade, j’aurai bien mangé! Ils ne me croient pas lorsque je leur dit que je vais jusqu’en Équateur à vélo ! On papote jusqu’à 21h, leur feuilleton va commencer, je prends congé et pars me coucher. Je les quitte le lendemain à 7h30, il fait déjà chaud…

Dure journée, moins de camions mais quelle chaleur! Mon vélo est lourd, j’ai du mal avec le réglage du dérailleur avant, ça fait du bruit, je suis habitué aux vieux vélos où le réglage est manuel. Et puis la tige de selle n’est pas assez grande, il faut que j’en trouve une autre. Vers 15h, des gens se baignent en contrebas d’un pont, « Viens te baigner! » Il n’en fallait pas plus pour me décider ! L’eau est fraîche, quel plaisir. Je repars le tee shirt trempé, en 10 minutes il est déjà sec! Le paysage est assez désertique, pas de forêt vierge pour l’instant! Je fais un petit detour jusqu’à une ville où il y a internet, aujourd’hui c’est l’anniversaire de ma maman! Je l’appelle, ça fait du bien de lui parler!

Encore 20 kms, j’arrive à San Onofre. Dans le seul magasin de vélo je ne trouve pas la tige de selle de mes rêves. Je demande où je peux camper, des jeunes me disent que ça craint, trop de voleurs… Ils m’indiquent un bataillon de l’armée où je pourrais peut-être me faire héberger, je m’y rend. Un attroupement se forme autour de moi, je leur explique mon voyage. Pendant que l’un d’entre eux part avec mon passeport, un autre m’apporte du jus de tamarin glacé, délicieux! On me dit d’aller voir le commandant à 500 mètres de là. C’est parti. Il est attablé avec une femme et plusieurs enfants dans la salle à manger extérieure d’un hôtel. J’entame la discussion, lui tend mon passeport. La femme, qui s’appelle Estela, me pose plein de questions, me dit que ça lui plairait de faire pareil… Le commandant me dit: « Le problème c’est que c’est une aire militaire, et patati et patata… » Il n’aura pas le temps de finir, la femme le prend pas le bras « et si je t’invitai moi, dans mon hôtel et tu me racontes tes histoires ». Je lui dit que je n’ai pas assez d’argent pour me payer l’hôtel, elle me répond qu’elle ne me demande rien. Voilà comment je me suis retrouvé dans une superbe chambre climatisée, avec salle de bain, lit 2 places et télé! (Que je n’ai allumé qu’une minute, rien de très passionnant). Je prends une bonne douche, et tente de régler ce derailleur avant, la nuit arrive avant que je ne réussisse. Cela ne fait que deux jours qu’elle a ouvert son hôtel-restaurant, elle est débordée, beaucoup de monde vient d’arriver. Je discute avec un militaire qui est là pour protéger l’hôtel qui s’est fait attaquer il y a quatre jours par des jets de pierres qui ont cassé des vitres et un grand frigo Coca cola. Je lui demande s’il a deja tiré sur quelqu’un. Affirmatif. Je dîne et me couche vers 21 heures, épuisé.

J’avais mis un réveil à 5h pour pédaler à la fraîche, mais je l’ai repoussé à 6h30, trop fatigué. Et puis j’ai passé deux bonnes heures à réparer le vélo et à trier mes affaires: je dois me séparer de quelques habits, de mon classeur, d’une partie de mes partitions, il faut que je m’allège. Je tente une autre dispositon des bagages à l’avant, plus basse, je pense que ce sera mieux. Je retourne voir Estela, elle m’offre un café, je lui offre mon classeur, plein de pochettes plastiques et mes partitions, elle me dit qu’il faut qu’elle achète un piano maintenant! Je lui propose de rester un jour de plus (il fait trop chaud maintenant, je pense qu’il me faut faire le maximum de kms entre 5h30 et 11h) et en échange je peux l’aider un peu, faire du ménage ou lui faire des origamis. J’attends sa réponse, elle m’offre le petit déjeuner. Les routiers s’arrêtent pour manger et laissent leur moteurs allumés. Certains transportent des vaches, les pauvres, elles attendent dans la poussière. Des jeunes nettoient les pares brises, l’un d’entre eux se balade avec un bâton, pour quoi faire? Je l’observe, il tape sur les pneux des camions pour détecter, au son, un éventuel manque de pression. Ils viennent s’asseoir avec moi, je leur offre des pièces de vélo dont je dois me séparer pour m’alléger! Estela revient vers moi, elle accepte que je reste ici, je ramasse les plastiques qui traînent un peu partout et rempli un gros sac poubelle. Puis je balaie les feuilles mortes, cela me plaît beaucoup de faire ce genre d’activités, je me sens vraiment dans la vie des gens, je ne fais pas que passer. Je profite de cette journée pour lire, je finis le deuxième tome d’ « A la croisée des mondes », j’adore! Je trouve le temps de discuter avec Estela, c’est une femme très douce, et je vois qu’elle capte ma sensibilité. Elle a des enfants de mon âge, on parle de nos rêves respectifs…

Je discute avec les cuisinières aussi, elles me posent plein de questions. Elles me demandent si je prends des photos, je leur explique pourquoi je préfère écrire. Elle comprennent et s’imaginent déjà comment je vais parler d’elles… « Tu vas écrire que tu as rencontrer trois bavardes dans la cuisine! » Elles m’offrent du jus de guanabana, délicieux !

Le soir je prépare toutes mes affaires, je veux partir tôt le lendemain. Je laisse un mot sur la table, avec un petit origami, le livre que je viens de finir (je leur dire que la première qui apprendra le français pourra le lire!) et des petits bonbons au réglisse que ma soeur m’a offert. Je me réveille tôt et attends le lever du jour, vers 6 heures. Estela frappe à ma porte, elle est contente de me voir avant que je ne parte. Elle m’offre un café, je lui dit que j’ai laissé des petites choses pour elles dans la chambre, elle me dit d’attendre, qu’elle va voir! « Porque eres tan lindo? » (pourquoi es tu si gentil?), c’est elle qui est gentille!

Je quitte San Onofre le cœur léger, quel bonheur de rencontrer des personnes si aimables. Je roule bien ce matin là, au moins 80kms, mes jambes reviennent! Le midi je me pose au bord de la mer et je lis tranquillement. Il fait une chaleur incroyable, c’est l’été ici en fait! Je reprends la route vers 14h et j’arrive jusqu’à San Antero. Je passe voir les militaires, ça me dit bien de passer une nuit chez eux. Mais ils refusent, la police aussi. Je déambule dans le village, les gens me demandent où je vais, qu’est ce que je fais. C’est comme ça qu’un mec m’accompagne chez ses parents, je peux mettre mon hamac pour la nuit. L’ambiance est étrange, il me semble un peu bourré, son père est aveugle et sa mère a un bras cassé. Pour manger, il m’accompagne dans le centre pour que je m’achète quelque chose. Je me demande si mon vélo sera encore là quand je reviendrai… Heureusement que oui! Pendant que je mange il retourne boire avec ses potes. Je m’endors, mais je crois qu’il reste dans mon hamac du poil à gratter qui était si présent en Martinique… Je ne dors pas très bien!

Au petit matin, je fais mes affaires et leur demande juste un peu d’eau chaude pour me faire un café. Je sors de mes affaire un sachet de café soluble (je le reconnais, je l’ai pris dans l’hôtel où dormaient mes parents à Toulon lorsqu’ils sont venus pour mon départ!) et un sachet de sucre (que j’ai récupéré dans un café à… Tanger!), tout mon voyage résumé dans un café! Je reprends la route. Je ne roule pas aussi bien que la veille, le relief est plus vallonné. Je m’arrête pour le petit déjeuner, en repartant je tombe du vélo, à l’arrêt, personne ne vient m’aider à me relever, j’ai bien mal à la fesse droite, pas facile de pédaler. Je veux atteindre San Pelayo pour déjeuner, mais il fait vraiment chaud. De longues lignes droites où les voitures roulent vite. Je vois quelqu’un qui vend des pastèques, mmm, je ne m’arrête pas, je ne dois plus être bien loin de San Pelayo. 200 mètres plus loin, un autre vendeur de pastèques, bon, ce coup là je ne le laisse pas passer. Un jeune, adorable, qui veut me vendre une pasteque entiere pour 4 000 pesos (1,8 euros), je lui dit que je ne vais pas porter une pastèque pour moi tout seul. « Mange ce que tu veux et offre moi le reste » me dit-il! Il m’indique un fleuve où je peux me baigner et laver du linge, super! Et pour me montrer où c’est, il m’accompagne et laisse le stand à son ami. Du coup je lui prends une pastèque, il la porte. On passe à la boutique où il vit avec ses parents, on coupe la pastèque et on fait du jus avec de la glace… Je ne pouvais pas rêver mieux. Ensuite on va au bord du fleuve, je lave du linge, on se baigne, il m’invite chez lui ce soir, il s’appelle José! On passe du temps avec ses amis, juste en face de la boutique, ils boivent des dizaines de bières, chacun… Mais ils sont adorables, il y a une super ambiance dans ce village. Plus tard il part entraîner des jeunes au stade de foot, je l’accompagne. À la fin on fait un match, j’adore!

Le soir, match de foot en face de la boutique, les jeunes sont en nage! C’est un vrai plaisir de voir les gens souriants, partager tous les moments de la vie, ensemble, dans la rue… Ses potes ont fait un feu et ils ont préparé du poisson et des bananes cuites, c’est tout naturellement qu’ils m’invitent à partager leur repas. Adorables ! Je me sens bien dans ce village, je crois que je vais rester un peu plus, surtout que j’ai cette douleur qui m’a fait souffrir au foot tout à l’heure… Ils me disent que je peux rester un jour de plus chez eux! Le lendemain, aujourd’hui donc, je leur donne ce que j’ai de nourriture, des pâtes, des soupes,… et je leur cuisine du riz au lait aux pistaches et abricots que ma mère m’a donné… il y a 4 mois! Il a bien voyagé!

Ce matin j’ai donc beaucoup écrit, et j’ai aidé une amie de José à déménager… Quelle aventure, sur une charrette complètement branlante, à travers le village, sous un soleil de plomb… Nous venons de manger, l’après midi s’annonce calme, je vais faire une petite sieste!

À bientot pour de nouvelles aventures! N’hésitez pas à me répondre, à me parler un peu de votre vie, ça fait toujours plaisir de recevoir des nouvelles!

Je vous embrasse,

Jonathan

Contact

Jonathan Rebouillat
(+33) 7 68 67 54 84
jonathan.rebouillat@yahoo.fr