Mail 15

Bonjour à toutes et à tous!

Quelle semaine riche en rencontres et en découvertes! J’aurai pu rouler des centaines de kilomètres sans vivre tout ce que j’ai vécu ici, à Carillo, dans le petit village de José,rappellez vous, le vendeur de pastèques!

En effet, je n’ai pas bouger ! Pour le coup, c’est vraiment lent de voyager à vélo! On rencontre des gens adorables, ils nous invitent, on partage leur quotidien, on reste un temps, et on avance pas… Les gens pressés n’ont qu’à aller voir ailleurs…

J’avais prévu de partir mercredi matin, mais que voulez vous, le mardi soir j’ai fait la rencontre de Marla, une fillette de 10 ans, qui m’a posé plein de questions… Ce soir là, comme les autres, j’assistai au match de foot, à la Cancha (comme ils disent), en face de la boutique. La lumière jaune des projecteurs qu’on a bricolé ci et là créait une ambiance chaleureuse, la poussière de la terre battue s’élevait dans les airs à chaque dérapage, chaque accrochage. Les joueurs se donnaient corps et âme, enchainant les sprints d’un bout à l’autre du terrain, jouant des épaules pour se frayer un chemin jusqu’à la cage adverse, et faire glisser le ballon dans ses filets. Le public acclamait le buteur, qui, le sourire aux lèvres et le corps luisant de sueur, rejoignait ses partenaires pour se préparer à la réponse de l’adversaire.

L’ambiance est à la fête, tous les soirs, les gens rient, se retrouvent devant le match surtout pour être ensemble, le foot est un prétexte. Tout le monde se connait, tout le monde est là, du bébé de quelques mois au papi de plus de 70 ans. Une grande famille! Il y en a un qui vend des petites boulettes de viande, avec du citron et du piment. Il y en a d’autres qui ont préparé des « bolis », petit cylindre de glace à la mûre, aux fruits de la passion, à la pastèque, au chocolat… Chaque soir c’est la surprise, on n’a souvent le choix qu’entre deux parfums.

C’est donc dans cette ambiance que j’offre des petits biscuits à la fille assise à côté de moi, je n’allais pas les manger seul dans mon coin! Elle s’appelle Marla, et veut devenir hôtesse de l’air! Elle est vraiment trop mignone et me pose plein de questions, alors je lui raconte mon voyage et je lui explique pourquoi moi je n’ai pas pris l’avion. Et puis elle me dit que ça lui dirait bien d’apprendre le français… De mon côté j’ai l’idée de mettre ma Slackline (une sangle qu’on tend entre deux arbres pour marcher dessus, oui, je transporte ça dans mes affaires aussi (un kilo), et je ne le regrette vraiment pas, attendez la suite!), je suis sûr que ça plairait aux enfants… Il faut que je reste plus longtemps ! Et puis José me dit que Dimanche il y a des courses de chevaux dans le village d’à côté, il veut m’y amener !

Voilà comment je suis resté à Carillo… et que j’ai donné des cours de français tous les jours à une dizaine d’enfants (et une adulte!)! Le jeudi j’ai installé ma Slackline pour faire voler les enfants, le vendredi j’ai organisé un atelier d’origami pour les faire rêver et le samedi, pour les sensibiliser à la protection de leur environnement, nous avons récupérer tous les plastiques qui jonchent le sol de la Cancha!

Tous ces moments furent magiques, illuminés par leurs sourires, sublimés par leurs regards, intenses et vrais, qui veulent dire « je suis heureux », tout simplement… Alors bien sûr qu’ils voulaient tous monter sur la Slackline en même temps avec leurs pieds plein de terre, qu’ils ne pliaient pas bien leurs origamis et qu’ils me le tendaient tous en même temps pour que je les aide… mais cela n’avait aucune importance, j’avais tant envie de leur faire plaisir!

J’ai appris aux enfants un origami assez simple mais tellement joli, c’est une bouche qui peut faire des bisous! (Photos en pièce jointe) Chacun d’entre eux est donc reparti chez lui avec un bisou…
Pour remercier les parents de José j’ai passé une demi journee pour leur faire un bel origami, la Magic Ball, que j’avais déjà faite en Martinique. Et puis ce cube qui se transforme en rose (je vous joins des photos). Inutile de vous dire que les enfants étaient bluffé « tu nous apprends à le faire celui là ? »… Un peu trop compliqué !

Tout le monde m’appelle « Profé », car j’ai donné plusieurs cours de français. Qu’ils sont mignons, tous, avec leur petit cahier, assis sur une planche de bois à même le sol, en train de recopier ce que j’ai écrit sur le tableau. Ils répètent ensuite mot à mot, chacun à leur tour. Le plus difficile c’est le son « v », et le « un ». Souvent il fait très chaud pendant les cours, alors on cherche l’ombre et on transpire beaucoup. Un jour où ils n’ont pas eu école le matin, ils étaient tout heureux d’avoir cours de français (à la fraîche en plus), inimaginable en France… un petit français qui n’a pas école c’est un enfant qui veut tout faire sauf étudier!

On m’appelle aussi François, ça fait prénom et en même temps ça permet de savoir d’où je viens! C’est mignon!

Ce n’est pas facile de partir, ni de vous raconter tout cela alors que je m’en vais demain…

Hier c’était les courses de chevaux! Beaucoup de monde, beaucoup de bruit, une fanfare, du soleil, et des cavaliers fiers, élégants… Très vite j’ai compris que ce n’allait pas être une course comme je l’imaginais, il n’y aurait ni ligne d’arrivée, ni vainqueur, ni coupe, ni podium… À peine lancés, les deux cavaliers se rapprochent et se prennent dans les bras tandis que leurs chevaux galopent à tout allure, côte à côte, fendant la foule qui les acclame. Certains se mettent debout sur leur monture, d’autres s’assoient à l’envers. Un couple de personnes âgées danse au milieu de la fanfare, je me laisse tenter par quelques pas de danse moi aussi.

Le matin j’étais allé à la messe avec Marla et sa famille. Un synthé, un bassiste, un guitariste et un chanteuse pour louer le Seigneur! Quelle ambiance ! Ça me rappelle quand j’étais allé à la synagogue pour Kippour au Brésil! Au bout d’une heure j’en ai quand même marre et je m’en vais, je n’aime pas trop qu’on me dise ce qu’il faut penser… Au moins à la synagogue je ne comprends pas, c’est en hébreu !

Chez José il y a tous ces moments allongé dans mon hamac, aux heures les plus chaudes de la journée, où je lis, je discute avec ses parents. En ce moment j’écris, à côté de moi il y a un petit poussin tout rose (on l’a teint, quelle idée!) ! Quelqu’un leur a offert hier, mais il se sentait un peu seul, alors ce matin j’ai pris mon vélo pour lui chercher des copains. J’ai offert quatre poussins à la famille de José, deux à celle de Marla et deux à la voisine. Un petit souvenir de mon passage…

Je ne garde que des bons souvenirs de ce petit village de Carillo, quelque chose me dit que je reviendrai un jour… Qui sait?

Il y a sûrement plein de choses que j’ai oublié de vous écrire mais là il faut que j’aille donner mon cours de francais!

Je vous embrasse,

Jonathan

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