Mail 16

Bonjour à toutes et à tous,

Comment ça va chez vous? Il paraît que les beaux jours reviennent…

De mon côté, souvenez vous, je devais partir mardi dernier, il y a dix jours… Mais… Lundi soir il s’est passé quelque chose de magique. Je n’avais jamais vécu cela. Les enfants, leurs parents, les gens du village se sont réunis. Ils me disaient « Ne pars pas, reste encore parmi nous ». Un peu plus tôt Marla m’a offert un petit bracelet et un porte clé très joli, une autre petite fille m’a offert des poissons en plastique, ses jouets, c’est touchant mais je vais lui les rendre, que vais-je en faire moi? Un homme qui s’appelle Bienvenido (Bienvenue, c’est un présage !) est venu me demander si j’avais vraiment envie de partir. Je lui répond « Non, je me sens bien ici, mais ça fait une semaine que je suis invité chez José et ses parents, je me sens un peu mal à l’aise de rester plus longtemps ». Il me dit « On va trouver une solution pour que tu restes, nous n’avons pas envie que tu partes ! » Il revient me voir un peu plus tard: « j’ai parlé avec Fidel (le père de José), nous allons nous côtiser et lui donner un peu d’argent pour qu’il continue de t’héberger ». Je lui dit que je peux payer moi, il me répond « non, nous voulons te remercier pour tout ce que tu fais pour les enfants ». Je suis sans voix devant leur démarche. Tout le monde s’est réunis chez José, ils forment un grand arc de cercle autour de moi. La mère de José a préparé des popcorns, José fait le service. Ils pensaient fêter ma despedida (mon départ) mais devant tant d’amour je ne peux qu’accepter de rester plus longtemps. Ils me posent des questions : Comment te sens tu ici à Carrillo? Pourquoi es tu venu en Colombie? Je réponds volontiers, un peu intimidé face à toutes ces personnes qui sont là pour moi. Tous ces regards d’enfants joyeux me vont droit au coeur, j’en ai les larmes aux yeux…

Je suis donc resté… Et je ne le regrette pas une seconde! Déjà presque 3 semaines que je suis ici! Il s’en est passé des choses depuis mon dernier mail!

Je répare les vélos des enfants, je donne des cours d’origami, de français, de maths… Et puis j’ai fait découvrir aux enfants un jeu que je transporte avec moi qui s’appelle Dixit! Un jeu de cartes magnifiquement imagées, qui stimule l’imagination de chacun! Absolument génial! Ils adorent!

J’ai fait du jus de pastèque avec José, et on l’a vendu devant la boutique! C’est tellement bon que je buvais autant de verres que j’en vendais, c’est peut être ça qui m’a rendu malade! Maux de têtes et nausées… Je pensais que ça allait passer… Au bout d’une journée allongé, tout le monde venait me voir pour me demander comment allait le Profé! La petite Marla, les voisins, les voisines… Finalement le père de Marla m’a emmené en moto au village d’à côté pour voir le médecin, il fait un peu taxi à moto ! En fait c’était au même endroit que les urgences, ambiance d’hôpital ! Ils m’ont injecté une solution saline en intraveineuse pour me réhydrater. Et la voisine d’en face est arrivée. Yésénia. Je lui enseigne quelques origamis difficile, et ses quatre filles viennent aux cours de français! Elle est adorable. Quand elle a su que j’étais parti chez le médecin et que ni José, ni ses parents ne m’avaient accompagné, elle a appelé un moto-taxi pour venir me voir! Et on a bien papoté pendant que les gouttes du précieux médicament entraient l’une après l’autre dans une veine de ma main droite!

Le père de Marla nous a ramené tous les deux et il n’a pas voulu que je le paye! Il a dû passer 3 heures avec moi! Il me dit: « la Colombie a mauvaise réputation et pourtant, il y a des gens généreux! »

Sinon, j’ai fini mon livre! Ça n’a pas été facile, mais heureusement que j’ai encore deux livres: un que m’a offert Thomas, et un autre que m’a offert Mathieu, rappellez vous, l’éthnomusicologue. En tout cas je me libère d’un sacré poids, le dernier volume d’A la croisée des mondes fait plus de 800 pages!

Ah! Et puis ici ils font des loteries pour à peu près tout! José en fait une pour un ensemble de footballeur: le maillot et le short! 100 numéros vendus à 1000 pesos chacun, c’est 100 000 pesos! Il a acheté le maillot 15 000… Mais bon, il ne vend pas forcément tous les numéros, et puis ça lui permet de payer ses études pour devenir Préparateur physique!

La grosse étoile que j’ai faite en origami plaisait à tout le monde, ils me disaient tous « Offre la moi! » « Non, à moi! »… « Fais une Rifa » m’a conseillé Gustavo! (Comprendre une loterie!) J’ai donc essayé moi aussi! C’était drôle! Au début… A 500 pesos le numero c’est pas bien cher (20 centimes d’euro) mais ça me met mal à l’aise! Quelques jours plus tard c’est le tirage! Mais ce n’est pas moi qui le fait! Un motard passe tous les jours vers 15 heures en criant dans son mégaphone le numero gagnant du jour! Résultat : celle qui a gagné n’avait pas payé son numéro… « Il faut recommencer » me dit on, organiser une nouvelle loterie! Refaire payer les gens! Non. Un mec passe et veut me l’acheter, je lui vend 20 000 pesos! Et puis je réfléchis…

Un concours de Poésie, ouvert à tous, gratuit, et le gagnant remporte un origami! Ca me correspond mieux! Hier j’ai fait une affiche, ils ont une semaine! =)

(Oui, ce que je ne vous ai pas dit c’est que je reste ici jusqu’à début avril, je ne peux pas manquer la Semana Santa, il parait qu’on mange plein de bonnes choses, et puis les enfants seront en vacances! Et puis il faut qu’on aille a la piscine dimanche prochain, et le week end d’après il y a une grosse fête, je vais organiser un tour à vélo… Bref, je me sens bien ici alors pourquoi partir!?)

Quoi d’autre?

Les gens m’apportent des petits plats, Marla m’offre un petit déjeuner… les gens sont aux petits soins avec moi… Mais tout n’est pas si rose… Hier un ami de José s’est fait tué dans la grosse ville de Monteria, à 25 km d’ici, il dealait de la drogue… En fait José a passé quelques années accro à la marihuana et au crack, une saleté! Il s’en est sorti mais certains de ses amis n’ont pas suivi le même chemin!

Hier, Gustavo m’a montré ses flûtes, je lui ai sorti ma flûte en bambou! Il joue super bien, j’espère qu’il pourra m’apprendre!

Voilà, la vie à Carrillo. Les mangues commencent à murir un peu partout, on va se régaler! Hier on a fait notre premier jus de mangue! Mmm… Délicieux! Les enfants, trop impatients, les mangent encore vertes, avec du sel, ils appellent ça « mango biche ».

Je vais essayer d’emprunter le piano électrique de l’église pour faire un petit concert, ça me plairait bien! J’ai déjà montré mes vidéos (où je joue) à Marla, sa soeur, sa maman, et d’autres personnes, ils sont curieux…

Je vous embrasse, promis il y aura des photos qui arriveront bientôt!

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Jonathan Rebouillat
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