Mail 18

Bonjour à toutes et à tous,
 
En Mai fais ce qu’il te plait, c’est ça? Alors qu’avez vous de prévu pour ce joli mois qui commence?
 
Ici le décor a beaucoup changé… Nous sommes partis de Manizales vers 17h le dimanche 26 avril. Une descente de 10 kms, une route en bon état, des paysages grandioses, du bonheur à l’état pur! En arrivant à Chinchina on trouve un petit hôtel, il fait déjà nuit, un peu tard pour chercher un hébergement chez l’habitant. On mange dans un petit restaurant chinois (il faut dire que le nom du village nous y invitait!). On termine la soirée dans un bar à jouer aux cartes, la gérante s’assoie à notre table et nous offre de l’aguardiente (un alcool fort), il faut finir la bouteille. J’accepte un ou deux petits verres mais elle finira la bouteille toute seule, que c’est triste d’être alcoolique!
 
Lundi matin, petit réglage de pedalier pour Rémi chez un mécano vélo et nous voilà repartis. Direction Pereira. Ça grimpe pas mal, plus de 1000 mètres de dénivelé positif ce jour là. Mon vélo est vraiment trop lourd, et puis je me rends compte que mes pneus VTT me freinent considérablement. Les paysages sont magnifiques, des collines verdoyantes et des plantations de café à perte de vue! La descente sur Pereira est géniale, la ville est grande, le trafic intense. Nous allons voir un bâtiment en bambou, c’est un peu le fil rouge du voyage de Remi, qui est un architecte ne voulant plus construire en béton. Malheureusement il ne peut pas rentrer, le bâtiment est fermé. Après quelques photos nous reprenons la route. Direction Armenia.
 
Juste avant de nous engager sur une grosse route nous décidons de chercher un lieu où dormir. Tout est clôturé, impossible de bivouaquer! Je m’approche d’une première maison très fleurie et demande à une vieille dame si elle n’aurait pas un petit bout de jardin pour qu’on plante la tente. Elle me répond que le propriétaire n’est pas là mais que son fils sera disponible dans une demi heure pour nous parler. Elle nous indique la maison du maire à 100 mètres de là, peut être nous accueillera t-il. Je m’approche du grand portail, un policier se trouve de l’autre côté, le dialogue s’engage à travers les barreaux. Le maire n’est pas là, il rentrera dans plus d’une heure, et on ne peut pas l’appeler, il n’a pas son numéro de téléphone. Nous nous dirigeons vers une maison en haut d’une colline, des enfants jouent là haut! Sur notre chemin on demande à des gens qui ont un grand jardin, ils nous répondent qu’il y a un hôtel pas bien loin, on leur dit qu’on préfère rencontrer des gens et partager leur mode de vie que de s’enfermer dans un hôtel, ils comprennent mais ne nous ouvrent pas leur porte pour autant. Ils nous disent qu’il n’y a rien au bout du sentier que nous empruntons, nous rebroussons chemin.
 
On s’apprête à reprendre la route lorsque j’aperçois, derrière sa grille, le policier qui garde la maison du maire me faire signe d’approcher. « Vous voulez boire un verre de boisson gazeuse? » Avec plaisir… Il ouvre les portes du portail et nous nous asseyons à 5 mètres de là sur un petit muret. Il nous offre aussi à manger, son propre repas du soir. Nous restons coi devant tant de générosité. On apprend en discutant avec lui que c’est le maire de Pereira qui habite ici! Pereira c’est la grosse ville que nous avons quitté, et nous pensions que le maire était celui d’un petit village de campagne. « Pourquoi est-il si bien protégé ? » Ils ont peur qu’il se fasse enlever par la guérilla et qu’on demande une rançon ensuite. Il faut dire qu’en Colombie les barbelés, les grilles, les caméras de surveillance, les vigiles et les clôtures électrifiées fleurissent un peu partout, c’est moche et ça créé un climat d’insécurité plus que l’inverse. En tout cas ce policier nous fait oublier tous les préjugés que l’on peut avoir au sujet de ces chiens de garde en uniforme.
 
Entre temps le maire n’est pas arrivé, il faut qu’on se remette à la recherche d’un endroit où dormir. Je retourne voir la première maison, discute avec le fils du proprio, Manuel, la quarantaine, très sympa, il me pose plein de questions sur notre voyage. Bonne nouvelle: on peut dormir dans une maison là bas, entourée de barbelés électrifiés. C’est là que dorment les ouvriers qu’il emploie pour ramasser le café. On aurait pu dormir chez le maire de Pereira mais on se retrouve sur des lits superposés plutôt inconfortables, aux côtés de José, un travailleur du bas de l’échelle. Les hasards de l’aventure… Il n’y a pas de cuisine, je fais chauffer de l’eau grâce à mon réchaud (qui fonctionne avec du bois!) pour une petite infusion, José préfère un café, je n’ai que du café soluble. C’est le comble. Nous sommes dans LA région du café de Colombie, hébergés dans une exploitation de café et je lui prépare un café soluble.
 
Après une bonne nuit et un bon petit déjeuner offert par la mère de Manuel, nous reprenons la route, direction Armenia. Ça grimpe pas mal, mon vélo est vraiment trop lourd. À un moment, un mec, en train de descendre à pied de l’autre côté de la route, m’interpelle. Il me pose deux trois questions, je lui réponds en continuant de pédaler, concentré sur mon effort. Et puis il me fait signe de m’arrêter, traverse la route, me tend 3 000 pesos (à peu près 1€20) et me dit « ce n’est pas grand chose mais tu pourras t’acheter un peu de riz ». Incroyable. Je le remercie, et lorsque je suis à nouveau seul sur mon vélo je me dis que les colombiens ont vraiment le coeur sur la main. Je pense aussi que notre façon de voyager les fait rêver et qu’en nous aidant d’une manière ou d’une autre ils ont le sentiment de participer à ce rêve… À vélo les rencontres sont tellement différentes… Un peu plus tard je m’arrête pour attendre Rémi qui traine derrière (non c’est pas vrai, il prend juste énormément de photos!), et je demande un truc à manger: « 5000 pesos? Vous ne pouvez pas m’en donner juste pour 3000? »
 
Lors d’un autre arrêt il s’est passé quelque chose de terrible. Nous discutions Rémi et moi, dans un petit restaurant au bord de la route, la pluie tombait fortement et nous avait donc invité à faire cette pause café et kumi aphrodisiaque (le kumi est un yaourt liquide local, celui là était sensé être aphrodisiaque, c’était écrit !). Entre nous et la route en pente, quelques voitures étaient garées. Je vois alors une moto descendre rapidement, se dirigeant vers le restaurant, sans freiner… Je dis « mais qu’est ce qu’il fait? »… Puis c’est le choc. Un bruit sourd, pas un cri, puis le silence. La moto et ses deux passagers vient de s’encastrer dans la portière d’un pick-up garé devant le restaurant. Je cours en leur direction, le mec qui conduisait se relève, il est sous le choc, explique que les freins ont lâché, il a mal aux jambes. Sa copine est allongée, consciente mais plus sérieusement touchée, à l’épaule apparemment. Les secours sont prévenus, je suis choqué, je dis à Remi que j’ai besoin d’un petit temps avant de me remettre en route. Nous repartons une demi heure plus tard, en direction de Salento, un village touristique mais très joli apparemment.
 
Pour y arriver il y a une sacrée montée de 3 kilomètres. On trouve un hôtel, et je rencontre des touristes, j’avais oublié à quoi ça ressemblait. Ça parle anglais ou français, ça se déplace en avion au sein de la Colombie parce que c’est moins cher que le bus, ça fait des tours organisés, ça boit des bières jusqu’à une heure du mat et ça cri, ça cri ces bêtes là. Bref, il y a un monde entre nos manières de voyager.
 
Les deux françaises avec qui nous avons un peu discuté nous invitent à les accompagner le lendemain pour une ballade de cinq heures avec un « guide » local, bivouac et retour le jour d’après. Départ en Jeep à 9h en direction de la vallée de Cocora. Cela ne me tente pas vraiment, c’est dur de se faire traîner par un guide, en bagnole, lorsqu’on est habitué à la liberté de la biciclette. A vélo on est libre, vraiment…
 
Je vous laisse donc imaginer ce que nous avons préféré faire! Vous aurez la réponse dans mon prochain message!
 
Je vous embrasse,
 
Jonathan

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