Mail 19

Bonjour à toutes et à tous,
 
Je lis vos réponses avec un immense plaisir, je vous écris depuis l’autre bout du monde et pourtant je me sens si proche de vous lorsque je prends la plume ou que je reçois vos messages.
 
Je vous ai laissé à Salento, je reviens vous chercher! Nous avons donc décidé de partir à vélo pour la vallée de Cocora, ce qu’elles ont fait en Jeep nous l’avons parcouru à la sueur de notre front… pour notre plus grand bonheur! Une montée de 10 kms dans une vallée verdoyante où coule un joli ruisseau, un ciel bleu, éclatant, et un soleil, éblouissant… Une fois là haut nous avons caché les vélos dans la forêt pour continuer à pied et trouver un endroit où planter la tente. Après m’être baigné dans le ruisseau glacé, j’ai fait un grand feu pour nous réchauffer et un plus petit dans mon réchaud pour nous faire à manger. Pendant que je faisais cuire le riz, Rémi rappait carottes et betteraves pour nous faire une bonne salade. Quel plaisir de passer une nuit en pleine nature.
 
Le lendemain, après un bon café au feu de bois, nous faisons le chemin dans l’autre sens. La descente à vélo est grisante, les kilomètres filent rapidement, trop rapidement. Tant d’efforts pour monter qui s’évaporent en un instant. C’est le jeu, mais c’est si bon! Nous resterons une nuit de plus à Salento, le temps pour moi de retrouver, par pur hasard, Irina! Rappelez-vous, le voilier entre la Martinique et la Colombie… Ces retrouvailles font chaud au cœur, elle a beaucoup voyagé à vélo, mais elle pense à son retour, prévu fin mai!
 
Nous quittons Salento, direction Armenia, beaucoup de descente! C’est le kiff! Nous prenons un bus dans la foulée. Direction Cali. Rémi a une partie de ses affaires qui l’y attend. Après une nuit dans un hôtel tout proche du terminal nous essayons de trouver un autre hébergement. Pour cela nous avons un réseau magique: Warmshowers. Des cyclistes voyageurs qui, une fois rentrés chez eux, accueillent d’autres cyclistes en voyage. On passe un coup de fil… Ana et Mélissa nous attendent à 10 kms de là, il faut dire que Cali est une très grosse ville, mais assez agréable à vélo.
 
À peine arrivés elle veulent nous emmener à une cascade au sud de la ville, et après, remonter dans le nord pour aller danser la salsa, normal pour un samedi soir! On achète du riz au poulet et une bouteille de vin chilien et c’est parti ! Il est au moins 16h lorsque nous décolons, et ce n’est pas à côté, il faut monter. Mélissa fait une partie en bus car elle ne se sent pas très bien, puis, il faut la porter sur le porte bagages. On alterne Rémi et moi. Le temps passe. Ana me demande « – vous avez des lampes? » « – oui » « – super! » je ne sais pas encore au combien nos lumières nous serons utiles. Nous devons porter les vélos, les passer par dessus des barbelés, les pousser sur des chemins trop pentus, les soulever lorsqu’il y a des escaliers… Ils sont fous ces Colombiens!
 
Nous arrivons finalement à la cascade, elle est magnifique. Nous nous baignons puis nous dégustons le riz chinois et le vin chilien! La nuit tombe, il faut déjà penser à rentrer, c’est toute une aventure. Je dis à Rémi « ça, c’est tout pas moi ». Ça nous fait bien rire! J’aurai préféré partir plus tôt, passer plus de temps dans l’eau, y camper une nuit, en bref, j’aurai voulu plus d’organisation. Mais bon, c’est parfois intéressant d’être bousculé, de se laisser embarquer sur des chemins différents. Nous rentrons un peu cassés, dommage pour la salsa, nous ne la danserons pas!
 
Nous sommes restés 5 jours à Cali, ma soeur Daphné y a vécu plus de trois mois il y a deux ans. Je suis allé passer le bonjour dans l’hôtel-restaurant où elle a travaillé, ils se rappelaient bien d’elle! Nous avons beaucoup roulé tous ces jours là, j’ai changé mes pneus VTT pour des pneus plus lisses, ça change la vie, je glisse! Je les ai choisi jaunes, comme mes sacoches… je commence à vraiment l’aimer ce vélo! Nous avons récupéré les affaires de Rémi, on est beaucoup trop chargés à présent ! Il faut qu’on envoie un sac en Équateur pour voyager léger. Chacun se sépare du superflus, je m’allège de 16 kilos! Seulement, c’est beaucoup trop cher d’envoyer nos sacs depuis la Colombie, nous prendrons donc le bus jusqu’à la frontière, et nous les enverrons depuis Tulcan, la première ville équatorienne.
 
À Cali nous avons participé à une vélorution ! On était au moins trois cent, c’était génial! Et puis nous sommes allés rendre visite à des étudiants qui fabriquent des cadres de vélo en bambou! Passionnant! Et puis super légers! Pourquoi ne pas revenir ici pour apprendre? Se faire des vélos en bambou pour repartir en voyage? Ou monter un atelier du même type ailleurs ? En Équateur ? C’est une idée qui nous trotte dans la tête…
 
Le jeudi 7 mai nous voulons prendre le bus de 20h. Le chauffeur et ses deux acolytes nous disent qu’il faut payer un supplément de 10 000 pesos pour chaque vélo (il est habituel de payer), mais je marchande, 10 000 pour les deux, ils acceptent. Je tends un billet de 10 000 et monte dans le bus. Cinq minutes plus tard ils viennent me dire que je n’ai pas payé… N’importe quoi! Il me demandent à qui ai-je donné l’argent alors? Ils m’embrouillent, me font descendre du bus pour me faire chercher celui à qui j’aurai donné le billet. En fait c’est à eux que je l’ai donné mais sur le coup je suis un peu perdu. Ils veulent nous faire décharger les vélos et nous laisser sur le quai, je refuse, je hausse la voix, leur dit qu’en 3 mois en Colombie je n’ai jamais vu ça, qu’ils font honte à leur pays. Dans ces moments là mieux vaut bien comprendre ce qu’ils disent entre eux et savoir dire les mots adéquats! Ils jettent l’éponge, je crois qu’ils ne s’attendaient pas à rencontrer une telle résistance, et ils n’ont pas envie d’un scandale devant tous les passagers du bus, qui nous regardent depuis un quart d’heure! Ce sont vraiment des voleurs, et les autres touristes, sûrement des proies plus faciles…
Le voyage dure la nuit, au petit matin nous arrivons à Ipiales, la frontière est à 6 kms, l’Équateur, mon pays de cœur, n’a jamais été aussi proche.
 
Je passe un dernier coup de fil à Carrillo. C’est triste de quitter la Colombie, mais c’est un tel bonheur d’arriver en Équateur ! Nous arrivons au poste de frontière, à l’immigration colombienne je demande quand est ce que je peux revenir. J’ai le droit à 6 mois par an donc encore 3 mois en 2015! Sur un panneau, un message: « A bientôt, la Colombie t’attend », sur un autre, « Bienvenue en Équateur »… J’ai les larmes aux yeux, je pense à Carrillo, puis à l’Amazonie que j’ai si hâte de retrouver.
 
Dans la première ville après la frontière nous envoyons nos sacs, comme prévu ! Que c’est bon d’être léger! C’est l’heure du déjeuner, Rémi propose d’aller manger un encebollado, une soupe de poisson délicieuse… Première madeleine de Proust.
Puis nous prenons la route, le sourire aux lèvres, le cœur en fête. Je ressens tout de suite la différence avec la Colombie… Je crois qu’en Équateur je me sens chez moi, tout simplement.
 
C’est tout pour aujourd’hui, accrochez-vous, le prochain mail sera plein d’aventures…
 
Je vous embrasse,
 
Jonathan
 
Photos: Les cinq premières sont à Salento, ensuite c’est Cali. Celle où on dirait que je téléphone, je suis en train d’éteindre une télé grâce à une télécommande magique, qui éteint toutes les télés, tapez TV B-Gone si vous voulez en savoir plus.

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