Mail 20

Bonjour à toutes et à tous,
 
Nous voilà donc en Équateur, à vélo, avec toute la vie devant nous… Nous sommes à 3000 mètres d’altitude, au milieu des Andes, il fait frais. À 400 kms de là c’est l’Amazonie, sa forêt humide et dense nous appelle, l’objectif de ce long voyage (7 mois déjà) parait si proche, si accessible tout à coup… J’en ai si souvent rêvé ! L’euphorie nous gagne, et comme souvent lorsque la joie est trop forte, nous crions de toutes nos forces des « PriiiimmmmoooooOOOOOOO » endiablés…
 
Nous pédalons avec une énergie nouvelle, je me sens comme habité, quelque chose me pousse vers l’avant… Ah! Un bruit étrange! J’ai crevé à l’arrière… Retour à la réalité. Je commence à réparer sous un abris bus, j’ai un peu perdu Rémi, il était derrière mais je me suis arrêté pour acheter des bananes, serait-il passé devant. Aucun moyen de le joindre, nos numéros de téléphone Colombiens ne marchent plus. Il faut vraiment qu’on s’achète des puces locales! Je demande s’ils ont vu passer un autre cycliste, négatif. Il finira par arriver, il prenait des photos. C’est d’ailleurs grâce à lui que je peux vous envoyer des photos, moi je n’en prends pas (donc merci Rémi).
 
Je répare la crevaison, et nous reprenons notre route. Vers 17h nous décidons de chercher un endroit où dormir. Une boutique, on s’arrête, on achète du riz, une boîte de thon et des petits pains. On se ballade dans le petit village de San Luis et on demande si quelqu’un n’aurait pas un bout de terrain pour que nous plantions la tente. Finalement on nous indique une maison communale, on cherche les gens qui ont les clés. Dix minutes plus tard nous avons un toit pour la nuit: une grande pièce chauffée avec jacuzzi et hammam! Non, bien sur que non, c’est spacieux et il y a des toilettes et l’électricité, c’est tout, mais c’est déjà tellement! On a même les clés de chez nous! Ils sont adorables. Les enfants nous entourent et nous posent plein de questions. Rémi sort des ballons de baudruches et un truc pour faire des bulles de savon… C’est parti!
 
Un peu plus loin une mamie fait griller du poulet, on s’approche, il reste une cuisse, le reste est déjà réservé ! Pas de problème, on se la partagera! On attend à la boutique d’en face, on discute… « Des français, ici à San Luis, attendez je vais vous prendre en photo avec mon fils! » C’est un vrai bonheur de pouvoir leur raconter que ce long voyage c’est pour venir dans leur pays. « Et vous partez tôt demain? Vous prenez le petit déjeuner où? Un nouveau restaurant vient d’ouvrir à 100 mètres, attendez j’appelle,… une table est réservée pour vous, demain à 7h, de la truite grillée ça vous va? »
 
Ah l’Équateur… Quel bonheur! En fait nous serons les premiers clients de ce restaurant, et la truite était délicieuse! Nous reprenons la route, 10 kms plus loin nous nous arrêtons à San Gabriel! On s’achète des puces de téléphone… Malheureusement mon téléphone ne la reconnait pas, il n’est pas compatible avec les fréquences d’ici, il faut que j’en achète un autre… Plus tard. Dans une plus grosse ville… On traine un peu, et puis c’est la fête du Cuy Asado (comprendre: Cochon d’Inde grillé), on ne peut pas louper ça ! Deuxième madeleine de Proust!
 
Nous reprenons la route. Une grande descente… De 3000 mètres à 1700 mètres d’altitude… Un shoot d’adrénaline sur le papier, sauf qu’en réalité la route est en travaux… poussiere, camions, caillasse… C’est un peu rageant, comme lorsqu’on prépare un bon plat et qu’au dernier moment on met du sel à la place du sucre…
 
(   Je fais là une parenthèse, car si je pense à cette comparaison c’est qu’il m’est effectivement arrivé de mettre du sel à la place du sucre dans un tchaï (thé noir au lait et aux épices que m’a offert Marine avant que je parte et que je sors dans les grandes occasions: au milieu de l’Atlantique par exemple!). C’était à Carillo, chez Fidel et Marta, j’étais vraiment trop triste d’avoir gâché un litre de lait et une partie de mes épices, car c’était franchement imbuvable.   )
 
Les paysages que nous traversons sont grandioses, même avec un peu poussière dans la bouche et dans les yeux. De grandes montagnes dont les flancs les plus plans comme les plus abruptes sont cultivés avec amour et des canyons tellement encaissés que les ruisseaux qui les ont creusés sont invisibles.
 
En bas de cette vertigineuse descente nous découvrons un nouvel univers. Il fait déjà beaucoup plus chaud et la population est majoritairement noire, on se croirait au Cap-Vert. C’est fou! La vallée est verdoyante, cela nous donne envie de nous éloigner de la Panaméricaine et d’aller voir ce village de l’autre côté du fleuve. Drôle d’ambiance, les rues sont vides, la chaleur est étouffante, et il n’y a aucun endroit où boire un verre et discuter. On nous indique un chemin de campagne qui retrouve la Panaméricaine un peu plus loin, cela nous permettra d’avoir un peu de silence et de respirer un peu moins de pots d’échappements. Seulement la route est pavée de galets, c’est le pire à vélo! Ce n’est pas confortable car nos vélos n’ont aucune suspension et puis cela impose de sacrées contraintes au matériel… Je pense à mes rayons, j’en ai cassé trois dans la vallée de Cocorra, et j’ai dû changer les jantes, mettre des doubles parois, plus solides! Et puis je pense au porte bagages, qui est un peu branlant…
 
Bref, il commence à faire nuit, il faut qu’on trouve un endroit où dormir avant de casser quoi que ce soit! J’attends Rémi, nous nous approchons de cet élevage de poulet qui sent terriblement mauvais. On nous dit qu’il est impossible de dormir par là pour des raisons d’hygiène. On allait repartir lorsque je dis à Rémi « c’est ton vélo qui fait ce bruit là? ». On regarde, il vient de crever à l’arrière. Il retire une épine de 4 cm de long, la situation se complique. Je lui dit que je vais chercher une maison pour trouver un endroit où planter la tente pendant qu’il répare sa chambre à air. La chance du cyclo voyageur arrive toujours au bon moment : la première personne que je croise me dit qu’il n’y a aucun problème pour que nous plantions la tente à côté de son champ d’oignons. Le soir nous allumons le réchaud pour nous faire cuire du riz. Toute la famille nous regarde, un peu incrédules, ils doivent se dire « comment vont-ils faire cuire du riz dans ce petit truc, et avec ce tout petit bois? ». Le père nous amène du charbon, mais cela ne nous sert pas, il faut juste être patient. Nous n’avons pas eu le temps de mettre le riz dans l’eau que la mère nous invitait à manger à l’intérieur! Adorable! En fait, avoir de la nourriture sur soi c’est indispensable pour ne pas s’imposer chez les gens, c’est comme la tente. S’ils nous invitent, tant mieux, nous préférons rencontrer des gens, partager leur quotidien et apprendre de leur culture. Mais s’il faut se débrouiller tout seuls, on peut aussi…
 
Nous passons une agréable soirée, et le lendemain matin, après avoir partagé le petit déjeuner avec eux nous reprenons notre route. Juste avant Rémi a du réparer une nouvelle crevaison, l’épine avait fait deux trous la veille!! Nous arrivons à Ibarra. J’achète un téléphone et j’appelle Marla, c’est son anniversaire, elle a 11 ans! Que je suis heureux de l’entendre! Oui je reviendrai à Carrillo, promis!
 
Vingt kilomètres de plus et nous voilà à Otávalo, LA ville andine typique! Les gens sont petits et portent fièrement leurs costumes traditionnels. Tous les samedis il y a un marché d’artisanat qui envahit toutes les rues de la ville, les autres jours il y a aussi un marché, sur la place des ponchos! Nous décidons de passer la nuit ici, dans un petit hôtel du centre. Le lendemain je passe du temps à vous écrire (le mail 18 je crois), et puis nous décidons de passer une seconde nuit. Rémi doit réparer une crevaison à l’avant… À croire qu’il le fait exprès ! En fin d’après midi nous partons pour une belle cascade à 5 kilomètres à peine de la ville. Il n’y a plus de soleil, il ne fait pas bien chaud mais c’est plus fort que nous, il faut qu’on se baigne! La chute d’eau est si puissante qu’on a du mal à s’approcher, le souffle est trop fort. « PrriiimmmoooOOOO! » On sort de là revigorés ! On a fait une video, je vais essayer de vous l’envoyer!
 
Le lendemain nous repartons dans la matinée. Ça grimpe gentiment, nous sommes sur une autoroute, deux fois trois voies! Rémi me refait le coup de la crevaison… Il est 13h lorsque nous commençons vraiment à avancer. Nous quittons la Panaméricaine pour une route plus tranquille, direction Pifo. C’est splendide. Nous passons l’Équateur en Équateur, à nous l’hémisphère sud! Les paysages sont à couper le souffle, et je me sens bien sur mon vélo léger, j’aurai envie de pédaler toute la nuit…
 
Vers 18h il faut pourtant que nous nous arrêtions, ce serait trop dangereux de rouler de nuit. Le village s’appelle Otón. On nous indique un grand chapiteau où nous serions à l’abri pour la nuit. Parfait. Les jeunes jouent au volley pendant que nous posons les vélos. On papote, puis on décide de trouver un endroit où manger. Un jeune nous accompagne, le seul restaurant est fermé. On s’apprête à faire des courses lorsque je me rends compte qu’il vient d’ouvrir. Super! Le dîner est très bon, nous avons invité à notre table le petit garçon qui nous a accompagné partout. Là encore, c’est la première semaine du nouveau cuistot! Il y a là un canapé-lit et une douche… Je tente… « On ne pourrait pas passer la nuit ici? On a des matelas, des duvets, on a besoin de rien. » Il est enchanté de nous accueillir, lui même dors ici! Il va chercher des amis et nous explique qu’ils forment un groupe pour le développement du tourisme à Otón. On a du mal à imaginer des gens s’arrêter là mais bon. Ils prennent des photos de nous, devant le restaurant, avec les vélos, à l’intérieur… Bref! C’est une ambiance super sympa et nous nous couchons au chaud! Quel plaisir!
 
Après le petit déjeuner nous partons pour une longue journée de vélo… Nous ne sommes pas au bout de nos surprises! Sur le papier c’est un relief vallonné sur 40 kms, une belle montée et un col à 4000 mètres, qu’est ce qui nous a pris de vouloir le faire en une seule journée ?
 
Vous saurez tout dans le prochain message!
 
Je vous embrasse,
 
Jonathan

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