Mail 3

Bonjour à toutes et à tous,
 
Dimanche 12 Octobre
 
Toulon avait mis les petits plats dans les grands pour le départ de la flottille Medhermione. Projection vidéo, fanfares, discours du Maire et des aurevoirs émouvants avec le quai noir de monde. Une fois sortis du port c’est une toute autre ambiance qui nous attendait. La mer avait elle aussi beaucoup de choses à nous dire. Le vent d’Est nous poussait avec force et des creux de plus de 3 mètres rendaient la navigation difficile. Eric avait décidé que nous ferions cap sur la frontière Franco-Espagnole car un vent de Sud était annoncé et il nous faudrait donc attendre dans un port pour des vents meilleurs.
 
Lorsque j’avais besoin de descendre dans le bateau c’était vraiment désagréable, une vraie lessiveuse comme disait Jean Louis. J’avais des douleurs au ventre qui n’annonçaient rien de bon. Jean-Louis fut rapidement pris de nausées, de mon côté je me sentais mieux lorsque je tenais la barre, ce que je fis de 20h à 22h environ. Eric était parti se coucher, Jean-Louis somnolait sur le pont entre deux vomissements et Christian était à mes côtés. A ce moment précis je me disais que tout irait bien, que la mer m’acceptait déjà alors que je ne la connaissais que depuis quelques heures… J’avais tort, car après Jean-Louis ce fut mon tour. Quand j’allais m’allonger tout allais bien, j’arrivais même à dormir, mais je voulais les relayais un peu alors je me forçais à remonter sur le pont. Dans la nuit on voyait mal les vagues arriver, et lorsqu’on distinguait leur présence c’était déjà trop tard et elle déferlaient sur la bateau dans un fracas assourdissant. L’éolienne tournait à tout allure, le vent pénétrait toutes les épaisseurs d’habits que j’avais accumulé sur moi et j’étais pris de frissons. Je n’arrivais rien à manger, et lorsque je buvais un peu d’eau elle ressortait un peu plus tard…
 
Lundi 13 Octobre
 
J’ai passé une bonne partie de la journée de lundi à dormir tandis que mes coéquipiers assuraient à la barre. Par moments je me réveillais : «  Ah ! Ils prennent un café ! », « Ils se font cuire un steak », « Le vent s’est calmé ». Je sortais parfois les voir et puis lorsque j’avais à nouveau vomi, la sagesse me faisait redescendre à ma couchette. Dans l’après midi j’ai pris des cachets homéopathiques contre le mal des transports, un à un j’ai mangé une dizaine de raisins secs et quelques noisettes, je voulais vraiment reprendre du poil de la bête. Un peu plus tard, je me sentais mieux et je suis remonté. Nous étions encore à 20 nautiques de la côte, soit 4 bonnes heures de navigation (à 5 nœuds). J’ai pris la barre durant les deux dernières heures, permettant ainsi àEric d’aller se reposer un peu. Vers 21h nous sommes arrivés à Bagnouls sur Mer. Au calme. Quel bonheur. J’arrivais enfin à manger, ils m’avaient gardé un steak et des pâtes cuites à l’eau de mer, beaucoup trop salées !
 
Mardi 14 Octobre
 
Après une bonne nuit, nous avions un peu de pain sur la planche : réparer l’éolienne qui avait perdu un boulon, se pencher sur le pilote automatique qui nous avait lâché dimanche soir, comprendre pourquoi il y a de l’eau dans la cale et inverser le sens du feu avant (vert à tribord et rouge à babord, Jean-Louis l’avait remonté à l’envers).
 
Après avoir effectué ces réparations nous avons déambulé dans le charmant village de Bagnouls, d’ailleurs connu pour ses… vins ! Vous devinez la suite, on s’arrête dans une cave, on ne dit pas non à une petite dégustation (par contre Christian décline la proposition du caviste lorsqu’il lui tend un crachoir!) et puis on repart avec une bouteille de blanc, délicieux !
 
Le soir je leur concocte un petit repas, salade de tomate/ concombre, brocoli et magret de canard séché (par ma maman), ils sont aux anges ! Nous devons partir vers minuit car le vent devrait venir du nord. Il est 21h, je vais fermer un peu les yeux.
 
Mercredi 15 Octobre
 
Nous avons appareillé vers 23h finalement. A peine sortis du port (au moteur), nous levons les voiles pour nous rendre compte qu’il n’y a pas de vent ! Je les invite à aller se reposer, je veillerai seul sur le pont pour vérifier qu’aucun bateau ne se rapproche trop de nous. Je jette un coup d’oeil aux alentours tous les quarts d’heure, le reste du temps je m’allonge pour contempler le ciel étoilé. Magnifique. Vers 2h30 du matin, Eric prend la relève. Je me lève vers 7h30, le bateau avance et Christian m’informe que le vent nous pousse depuis 5h30. Le lever du soleil est grandiose, la mer est calme, le ciel clair, le vent souffle dans nos voiles et nous porte à plus de 5 nœuds. Je passe pour la première fois une frontière sur un voilier !
 
Nous avons passé une belle journée à longer la côte espagnole, mais vers 15h le vent de Sud nous a forcé à nous arrêter dans un port. San Feliu de Guixols. Nous amarrons là où nous pouvons, Eric s’allonge sur le sol, épuisé, et moi je pars à la chasse auxinfos pour savoir où est la capitainerie, les douches, etc… Mon rôle d’interprète commence ! Plus tard, nous allons faire un tour au village, très agréable. Nous sommes à la recherche d’un joint torique car la réserve d’eau de tribord fuit toujours. On passe devant un bazar, je propose de tenter notre chance mais Christian et Jean-Louis n’y croient pas. Alors que nous repartons, Eric me prend par le bras et me dit : « Allez, on y va tous les deux ». A l’intérieur, j’expose le problème à une vendeuse et elle me tend un rouleau de téflon ! Parfait pour compenser l’absence de joint ! On appelle Christian et Jean-Louis car ce sont eux qui ont la caisse de bord, et je m »avance pour payer. Sur l’écran je vois des caractères chinois et la caissière aurait du mal à dissimuler ses origines asiatiques. Les conditions sont réunies, je me lance et je lui parle en chinois. Elle est étonnée, mes compagnons d’aventure aussi, nous discutons ainsi quelques minutes. Je ressors de ce bazar qui ne payait pourtant pas de mine avec le sourire aux lèvres, il faut peu de choses pour être heureux. De retour au bateau je m’affaire pour le repas, au menu : du riz et une poêlée de poivrons et d’oignons. Après quelques bouchées ils s’accordent pour dire qu’il ne regrettent pas de m’avoir emmener avec eux. Nous repartirons demain vers 5h, c’est le vent qui fait la loi, et nous ne savons pas jusqu’où il nous mènera.
 
Après avoir écrit la ligne ci-dessus, j’ai déposé mon stylo et j’ai commencé à taper sur l’ordinateur d’Eric le long mail (lisez-le en plusieurs fois hein!) que vous avez sous les yeux. Mes coéquipiers étaient partis sur la digue pour se faire une idée du vent. J’ai eu le temps de taper un seul paragraphe car la décision fut prise de partir maintenant, mercredi soir à 22h, alors que la perspectived’une bonne nuit à quai nous réjouissait tous ! (et accessoirement que nous avions payé notre place au port pour la nuit!)
 
Une fois au large, Eric et moi allons nous coucher. Le bateau gîte fortement (il penche. Je profite de cette parenthèse pour vous faire remarquer que je ne suis pas le seul à parler chinois sur ce navire : le vocabulaire de voile y ressemble fort pour un débutant comme moi), et à chaque changement de bord (virage à 90°) je me retrouve projeté de l’autre côté de ma couchette. C’est ce qui me réveille brusquement une heure et demi plus tard, à 1h du matin, et cela tombe bien c’est à nous de prendre la relève.
 
Jeudi 16 Octobre
 
J’ai pris la barre jusqu’à 3h30, Eric a eu le temps de m’apporter une soupe aux champignons (pas de problème d’amanite avec les soupes en sachet!) et nous avons admiré le ciel étoilé. La mer était assez formée, l’avant du bateau tapait fortement sur l’eau après être monté sur la vague. Eric, qui avait dormi à l’avant, avait la sensation que tout allait exploser. Il n’était pas content d’imposer tant de contraintes au matériel. Je suis retourné me coucher vers 4h, et vers 6h30 c’est le bruit du moteur qui m’a réveillé, nous faisions cap vers le port de Blanes. A 7h30 nous étions à quai, le soleil se levait, tout l’équipage s’endormait.
 
Vers 13h, après un petit déjeuner bien mérité, nous reprenons la mer. Le vent de Sud nous oblige à tirer des bords et nous subissons une houle assez forte. Vers 19h nous arrivons à Mataro, épuisés. Christian reçoit un message : sa fille qui vit à la Réunion vient d’accoucher du petit Ilan. On ouvre le champagne. A 22h tout le monde dors.
 
Vendredi 17 Octobre
 
Vendredi matin, mauvaise nouvelle : pas de vents favorables jusqu’à Mardi. C’est une mauvaise nouvelle pour la seule raison que nous avons des impératifs. Evelyne et Bastien, la femme et le fils de Jean-Louis seront à Madère du 22 au 30 Octobre et nous espérons arriver à temps. Le deuxième impératif est que Christian a déjà son billet d’avion de retour depuis les Canaries le 3 novembre. A l’heure qu’il est (10h) nous ne savons pas quelle tactique adopter, je crains que nous ne devions avancer au moteur…
 
La bonne nouvelle c’est que je ne suis plus malade en mer, je me sens bien sous le vent, à la barre et même dans le bateau. L’entente entre nous quatre est parfaite. Christian, qui a un bras paralysé suite à un accident de moto quand il était jeune, met un point d’honneur à ne pas laisser transparaître son handicap. Avec son look de Johnny Halliday, c’est une force de la nature. Mais lorsque les nuits sont fraîches, c’est à moi qu’il demande un peu d’aide pour mettre son bonnet, et cela me touche beaucoup.
 
Il est 13h maintenant, ils sont partis visiter un peu Barcelone, je suis rester au bateau pour vous écrire et lire un peu. Cela ne fait pas de mal d’être un peu seul non plus. Nous devrions repartir demain matin, au moteur, les vents devraient nous porter à partir de dimanche seulement ! 
 
J’espère que tout va bien pour vous, je vous embrasse fort, à bientôt pour de nouvelles aventures!
 
Vous pouvez toujours suivre notre parcours sur le site suivant: (un ligne droite entre deux points cache souvent plusieurs zig-zag !)
 
http://share.findmespot.com/shared/faces/viewspots.jsp?glId=0GX9eWNhsR64EJEQ8IHoViKaBv0gIrmsV 

Contact

Jonathan Rebouillat
(+33) 7 68 67 54 84
jonathan.rebouillat@yahoo.fr