Mail 32

Bonjour à toutes et à tous,

Jeudi 3 Mars, il est 19h, mes parents rentrent à la maison, accompagnés de Véronique, une amie de toujours. Ma sœur les invite à s’asseoir devant l’ordinateur, je suis connecté sur Skype. Nous commençons discuter, je leur dit que je suis en Colombie, à la recherche d’un bateau. J’en ai peut-être trouvé qui m’emmènerait à Cuba, de là je prendrai un autre bateau pour la France. Arrivée prévue : mi-juillet.

Soudain je leur dit : « il y a un piano à côté de moi, je vous joue un morceau ? ». Ils répondent en cœur « oouuuuiii !!! ». Je sors de ma cachette, marche doucement dans la maison, je suis à moins de dix mètres de mes parents. Ma sœur les occupe en leur montrant sur l’ordinateur des photos de mon skipper imaginaire.

Puis je me mets au piano et entame la valse n°9 de Chopin. J’ai le cœur qui bat la chamade. Ma mère se lève, se rapproche doucement du piano, il fait sombre, elle ne devine pas tout de suite que c’est moi. Lorsqu’elle réalise, c’est l’euphorie. Mon père s’approche lui aussi. Des larmes de bonheur coulent sur nos visages, la surprise a fonctionné à merveille, je suis rentré.

Vous vous demandez ce qu’il s’est passé ?

Rien d’exceptionnel. J’étais allé au bout de mon voyage au bout du monde, tout simplement. J’ai eu beaucoup de bonheur à m’immerger dans la vie de ce petit village Kichwa de Pakayaku. Mais plusieurs éléments m’empêchaient d’envisager ma vie là-bas plus longtemps : mes sœurs me manquaient (j’avais vu mes parents en Novembre, ils me manquaient aussi bien entendu), ma famille me manquait, mes amis me manquaient,… Je crois que ma culture me manquait, je me suis complètement effacé lorsque j’étais dans la forêt pour vivre au plus proche de leurs coutumes. Je ne le regrette pas une seconde, j’ai beaucoup appris, mais il était temps pour moi de me retrouver. Je me suis rendu compte que ma relation avec Rosa ne me satisfaisait pas, principalement à cause du grand écart culturel qui nous séparait.

J’ai quitté Pakayaku le 15 février. J’ai passé une semaine chez Amélie, avec sa maman, son frère et son amie. C’était un vrai bonheur de la retrouver, ainsi que Myriam. A ce moment-là j’envisageai encore de chercher un bateau pour rentrer, mais je crois que c’est une conversation avec ma sœur Daphné qui m’a convaincu de rentrer plus vite. J’ai senti qu’elle avait besoin de moi, et au fond je crois que moi aussi j’avais besoin d’elle, et de Maëlys, ma deuxième sœur. J’ai donc acheté un billet d’avion, Daphné m’avait dit « c’est mon bilan carbone » ! Personne n’était au courant, à part Rémi et elle. Je devais partir de Bogota deux semaines plus tard.

Je suis donc remonté en Colombie, en bus, pour faire une petite surprise à Carrillo, rappelez-vous, ce petit village où j’avais passé deux mois. Ce fut un immense plaisir de les retrouver, ils n’avaient « presque » pas changés. Je dis « presque » car une chose avait véritablement envahit Carrillo : les smartphones… Quelle tristesse de les voir, à leur tour, les yeux rivés sur leurs écrans…

J’ai passé une belle semaine parmi eux, le dernier jour j’ai invité les enfants à la piscine, et nous avons partagé d’intenses moments de bonheur que je ne suis pas prêt d’oublier.

J’ai pris le bus pour Bogota le samedi soir. Quel déchirement ! Quitter la terre sur laquelle j’ai passé tant de bons moments cette dernière année. Et en même temps j’étais envahi par une apaisante sérénité. Je tournais la page d’un voyage magnifique, et j’allais retrouver les miens.

Je suis arrivé à Montpellier le mercredi soir, après un « long » voyage (pour un voyage en avion c’est long mais à côté du voilier c’est ultra-rapide !).

Cela fait un peu plus d’une semaine que je suis en France, j’ai retrouvé ma famille et mes amis de Montpellier et j’en ai encore des frissons de bonheur. Maintenant j’ai besoin d’un temps de réadaptation pour savoir dans quelle direction orienter mes pas…

Merci d’avoir lu patiemment mes récits, j’espère que nous aurons l’occasion de nous voir prochainement maintenant que je suis au même bout du monde que vous !

Je vous embrasse,

Jonathan

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Jonathan Rebouillat
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