Mail 5

Bonjour à toutes et à tous,

Le voyage continue, accrochez vous pour de nouvelles aventures, et bonne lecture !

Samedi 25 Octobre

Le Samedi matin, nous sommes allés, Jean-Louis et moi, dans un magasin spécialisé dans le monde de la voile pour chercher la pièce du pilote qui a cassé. Après quelques minutes de conversation nous avons compris qu’il faudrait la commander et attendre jusqu’à mardi… impossible puisque nous sommes pris par le temps. Nous avons abandonné l’idée d’aller à Madère, il faut maintenant que Christian arrive à temps à Tenerife (aux Canaries) pour son avion, le 3 Octobre. Nous repartirons donc sans pilote. Je demande l’adresse d’un magasin du même type aux Canaries, pour pouvoir commander la pièce et l’avoir à notre arrivée. Inutile de les appeler un samedi, je pense leur envoyer un mail mais le reste de l’équipage décide rapidement de partir, nous ne passerons pas commande tout de suite. Nous appareillons à 15h, quitter Gibraltar est un immense plaisir, je ne pouvais plus supporter les odeurs de raffineries et la vision de dizaine de cargos, de pétroliers et autre monstres des mers. La nuit précédente il y avait tellement de moustiques que je suis sorti sur le pont, j’ai sorti un de mes sacs qui était au fond d’un coffre extérieur et j’ai pris mon hamac, qui dispose d’une moustiquaire. Je ne l’ai pas suspendu, la place manquait, mais j’ai tiré deux ficelles depuis la moustiquaire pour ne pas l’avoir dans le visage et j’ai dormi à l’abri de ces petites bêtes qui nous aiment tant ! Je les entendais voler au dessus de moi sans pouvoir m’atteindre, et je me suis endormi paisiblement.

Nous sortons du port, et une fois arrivés dans le détroit, le vent nous pousse avec force. Nous atteignons presque 10 nœuds (9,96 exactement, record jusqu’à présent). Des cargos de toutes part, nous traversons le rail. J’ai le temps d’avoir ma mère au téléphone, si je m’arrête au Maroc il faut que je puisse dire quelques mots ! Mes grands parents sont nés là-bas, ma mère aussi, d’ailleurs ma grand mère parle souvent en arabe (surtout quand quand elle s’énerve!), c’est la langue qui lui vient naturellement ! Ma mère étant aux côtés de ma grand mère lorsque je l’ai au téléphone, j’ai le droit à un petit cours particulier, je lui demande quand même de m’écrire un petit message pour ne pas avoir tout oublié une fois l’appel terminé. Je suis tout excité à l’idée de retourner au Maroc, j’y suis déjà allé étant petit, j’en garde un souvenir très heureux. Des dauphins nous accompagnent, leur ballet est grandiose. Soudain nous apercevons des oiseaux qui semblent suivre quelque chose dans l’eau, cherchant sûrement à manger. Dix secondes plus tard nous voyons jaillir de l’eau à la verticale, telle une fontaine… c’est la signature d’une baleine ! Nous sommes tous sur le pont et guettons son apparition. Je lance « j’aimerai tellement voir sa queue hors de l’eau » . Nos regards sont alors attirés de l’autre côté du bateau, une autre baleine se dirige vers nous, une minute plus tard c’est un feu d’artifice, elle nous dévoile sa queue d’un mouvement souple et majestueux. Une puissance énorme se dégage de ce grand cétacé, surtout quand on se dit qu’elle doit faire la même taille que le bateau (10m50). Nous sommes aux anges, la nature s’offre humblement à nos regards gourmands. Nous faisons cap sur Tanger car les prévisions sont formelles, plus de vent après 21h. En plus nous venons de découvrir un nouveau problème, deux des trois batteries sont foutues, elle ne prennent plus la charge. Arrivés à Tanger nous découvrons un grand port de pêche mais aucune place pour les voiliers. Nous amarrons sur le côté d’un autre bateau, lui-même amarré à un voilier. Et sur ce voilier, un autrichien, avec qui j’entame la discussion rapidement. Il va lui aussi traverser l’Atlantique mais sa femme est partie se faire opérer en Autriche, elle revient dans 3 semaines, il l’attend ici. C’est un port de pêcheurs mais de gros travaux sont en cours, d’ici 2-3 ans il y aura une belle marina. Il me dit qu’un certain Abdul, vivant sur le COMARIT (un gros ferry pouvant transporter jusqu’à 550 passagers, stationné juste à côté) peut nous aider à trouver une batterie, même demain dimanche ! En l’espace de 10 minutes j’ai déjà un tuyau pour nous sortir d’affaire. Il me propose d’aller voir Abdul pour en discuter, mais Eric ne l’entend pas de cette oreille, pendant qu’il va à la capitainerie avec nos passeports et les papiers du bateau il veut que je prépare à manger. Une fois ma tâche accomplie, franchement à contre cœur, je cours rencontrer Abdul, Eric n’est pas encore revenu, nous mangerons après. Il me fait monter sur le COMARIT et m’explique son histoire. Il était marin sur ce ferry qui faisait la liaison Sète-Tanger (il maîtrise, du coup, très bien le français). Mais cela fait trois ans que l’entreprise marocaine dont il dépendait a mis la clé sous la porte… Il occupe le bateau pour obtenir des réparations, le tribunal devrait se prononcer, mais quand ? En attendant il vit de petits boulots dans le port et rend des services aux bateaux de passage. Ils sont deux à bord du COMARIT, c’est un choc de voir toutes ces rangées de sièges vides et ces cafétérias fermées, le temps s’est figé. Une télé entre deux sièges, une assiette de poissons frit, son copain me propose même de partager son repas. Je dois décliner l’offre et retourner sur SOL, rendez-vous est pris, demain à 9h nous arpenterons les rues de Tanger à la recherche d’une batterie. Le soir, Jean-Louis, le mécano du groupe, se rend compte que le problème est plus grave, l’alternateur semble ne plus fonctionner. L’alternateur permet au moteur de recharger les batteries, il faut au moins deux batteries sur un bateau. La plus important est celle qui permet de démarrer le moteur, car sans moteur il est impossible de s’écarter rapidement de la route d’un cargo qui nous foncerait dessus (même si les bateaux à voiles sont prioritaires sur le papier, l’expérience montre qu’il faut rester vigilant, ces gros bêtes ne font pas cas de nos frêles embarcations), et sans moteur il est presque impossible de rentrer dans un port sans s’écraser contre un ponton. La deuxième batterie permet de faire fonctionner le frigo, les lumières, la pompe d’eau douce, la pompe de fond de cale, le convertisseur 12V-220V pour charger l’ordinateur avec toute la cartographie, les GPS, … et accessoirement de regarder un film sur la télé ! Nous avons plusieurs moyens de recharger ces batteries : le moteur donc, 2 panneaux solaires (qui ne fonctionnent donc pas la nuit!) et une éolienne qui ne veut plus tourner (encore un problème technique à régler lors d’une prochaine escale). Bref, si c’est un problème d’alternateur, il va falloir s’y atteler rapidement sinon nous resterons bloqués à Tanger.

Dimanche 26 Octobre

La vaisselle s’entasse car nous ne pouvons pas faire fonctionner la pompe d’eau douce, qui utilise les batteries. Nous disposons d’une pompe d’eau de mer (qu’on actionne avec le pied) mais vu les détritus qui flottent à la surface de l’eau, c’est peu engageant. Je dis à Eric qu’Abdul a peut-être accès à l’eau et qu’en mettant la vaisselle dans un seau on pourrait s’en occuper. Dans ma tête je me dis qu’il pourra faire ça pendant que je m’occuperai de chercher la batterie avec Abdul car l’heure tourne et je n’ai pas envie de le faire attendre. Eric me répond « bonne idée, vas-y, occupe t-en ». Je suis irrité, non seulement j’ai les idées mais j’ai l’impression de devoir tout faire. Lorsque je lui fait part de mon ressenti il me répond « c’est moi qui décide ici ». En fait il n’est pas du tout fait pour son rôle de capitaine, il le joue maladroitement, sans méchanceté mais avec trop peu de tact. C’est décidé, la prochaine fois que j’embarque sur un bateau, je choisirai un commandant qui laisse plus de liberté d’agir à chacun (il ne sera d’ailleurs plus question d’impératifs d’avions et je ne naviguerai jamais au moteur!). Après une petite discussion plus calme je pars avec deux seaux remplis de vaisselle. Abdul n’a pas l’eau courante sur son bateau, il m’accompagne un peu plus loin, 500m peut-être. Il y a un robinet. Tout autour de moi des gens qui semblent vivre ici dans une totale précarité. Alors que je m’active pour finir rapidement ma tâche, un homme m’interpelle d’assez loin, 30m peut-être. Il me parle en arabe et ne semble pas comprendre le français. J’interprète ses gestes, il veut peut-être me dire que l’eau n’est pas potable, ou bien au contraire qu’elle l’est et qu’il ne faut pas la gaspiller pour la vaisselle. Après quelques minutes d’incompréhension, il s’approche, je m’écarte, il tend la main sous le robinet, la remplit d’eau et la porte à sa bouche. Il avait juste envie de se désaltérer.

A mon retour au bateau, l’alternateur est démonté. Jean-Louis, Abdul et moi partons pour le tester, acheter une batterie et chercher un pavillon du Maroc. En effet, lorsqu’on arrive dans un pays, il est coutume de hisser un drapeau à ses couleurs en signe de respect. Nous n’avions pas celui du Maroc, et cela n’a pas échappé à Abdul, il faut qu’on en trouve un. On traverse le port de pêche. Les odeurs de poissons frais se mélangent aux éclats de voix des uns et des autres, les poissons sont posés sur des sacs en plastique à même le sol. Les pêcheurs recousent leurs filets. Ensuite, c’est la ville, Abdul fait signe à un taxi, il nous dépose 300m plus loin devant l’enseigne d’un coiffeur. Au fond d’un couloir sombre, le salon de coiffure se transforme en atelier de mécanique. Ils ont des batteries, 75 euros, moitié moins cher qu’en France. On leur laisse l’alternateur, ils vont faire des tests. Pendant ce temps nous partons faire un tour. Je me nourris de tout ce que je vois, je sens et j’entends. J’aime cette ambiance et ces odeurs d’Afrique. Après un thé à la menthe, deux ou trois café, quelques heures et plusieurs aller-retours chez le mécano pour suivre l’avancée des travaux nous sommes fixés sur le sort de notre alternateur : il ne fonctionne pas et on ne peut pas le réparer le boîtier est serti. Ils nous propose plusieurs alternateurs d’occasion, il y en a un qui semble pouvoir faire l’affaire, un coup de scie à métaux devrait être suffisant pour l’adapter à notre moteur. Abdul négocie le prix. On s’en tire pour 150 euros, alternateur et batterie, main d’oeuvre comprise. En France il aurait sûrement fallu attendre lundi, dépenser 150 euros pour la batterie, et peut-être 500 pour un alternateur neuf. Ces marocains nous ont bluffé, par leur disponibilité, leur gentillesse et leur savoir faire. Nous remercions chaleureusement Abdul et lui donnons un billet pour le temps qu’il nous a consacré. De retour au bateau, nous mangeons un bout, et Jean-Louis et Christian s’occupent de l’alternateur. Pendant ce temps, je pars envoyer un mail pour commander la pièce du pilote. Je rédige un long message pour expliquer précisément notre problème, j’envoie mon message, il m’est retourné : Adresse non valide. Tant pis, nous verrons bien aux Canaries ! A mon retour au bateau, la bonne nouvelle tombe : l’alternateur fonctionne ! On peut repartir. Eric part à la capitainerie pour récupérer les papiers du bateau, il revient au bout d’une heure pour nous dire que le capitaine est chez lui, qu’il mange, qu’il viendra vers 17h… Super, cela me laisse le temps d’aller me perdre dans les rues escarpées de la Medina. Avec 20 dirhams en poche (l’équivalent de 2 euros, que j’ai échangé à Abdul), je m’aventure dans un tourbillon de saveurs orientales. J’achète deux pains, un timbre et une carte postale (que j’écris dans la boutique, je ne connais qu’une adresse par cœur, elle sera donc pour mes parents!), et il me reste alors 2,6 dirhams. Je me demande bien ce que je pourrai acheter avec si peu d’argent. Je me présente dans une boutique, et lui avoue que je cherche uniquement à dépenser ce qu’il me reste d’argent marocain avant de reprendre la mer. Contre 2 dirhams je repars avec un yaourt à boire à la fraise, bio évidemment… Il me reste alors 60 centimes de dirhams, (6 centimes d’euros), et je me demande bien ce que je pourrai acheter avec si peu d’argent. Je me présente donc dans une seconde boutique, et lui avoue que je cherche uniquement à dépenser ce qu’il me reste d’argent marocain avant de reprendre la mer. Au début il ne comprend pas bien et puis il me dit : « Prends ce que tu veux, choisis ce que tu veux », je n’en reviens pas, alors je souris, je balaie du regard ses rayonnages multicolores. Je ne sais pas quoi choisir, je me retrouve un peu piégé, je n’avais besoin de rien. Alors je prends une boisson et le remercie chaleureusement. Avant que je ne reparte il me lance « reprend ton argent, c’est bon ». Scène cocasse, je lui dit que je garderai ces 2 pièces en souvenir de Tanger. On se quitte sur un sourire, je déambule dans les rues sans me déparer de ce sourire, cette ambiance me touche au plus profond de moi, à ce moment précis je me sens marocain.

De retour au bateau, il faut partir, dire aurevoir à Abdul, et refermer ce chapitre marocain. Je suis déjà nostalgique. Ce fut trop court ! Surtout que je redoute les prochains jours, nous avons une semaine pour faire 700 nautiques, il va falloir tenir une bonne moyenne de 4 nœuds si on veut y arriver, et puisque que les prévisions n’annoncent pas de vents bien établis avant jeudi, j’ai peur que nous n’avancions au moteur. Eric et Christian se perdent dans leurs calculs, chaque matin ils recommencent, quelle distance nous reste t-il, combien de jours, combien de moteur… Ils réfléchissent même à la possibilité de s’arrêter à Casablanca uniquement pour refaire le plein d’essence. Avec notre réservoir nous pouvons faire 60 heures de moteur… s’ils veulent en plus refaire un plein, cela veut dire qu’on va subir les bruits du moteur pendant des jours entiers… Cela m’est insupportable!

Lundi 27 Octobre

Le vent est faible, nous avançons au moteur jusqu’à15h. A ce moment là le vent s’établit, on hisse le spi. Je respire à nouveau.

Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi 28/10 – 1/11

Nuit ventée, le vent tombe au lever du jour. Le moteur est lancé. Nous avons la chance de voir de très gros dauphins (Eric les appelle globicéphales) et des bancs de poissons volants. La nuit de mardi à mercredi fut pleine de rebondissements, changement de vent, tout le monde participe à la manœuvre vers minuit. Changement de cap, de voilure. Et vers 2h du matin, le moteur est lancé. Je suis réveillé brutalement car c’est moi qui dors à côté du moteur… Je suis de mauvaise humeur. Au petit matin je ne cache pas mon indignation. A midi Christian lance le sujet alors que je viens de préparer le repas. Il me dit qu’il sens que je lui en veux. Je lui répond qu’à sa place je ne supporterai pas d’imposer cela au reste de l’équipage, je propose d’aller à Casablanca, de profiter de cette semaine pour visiter, découvrir, parler avec des gens,… et puis il pourrait partir de Casa pour retourner en France (son billet d’avion ne lui a coûté que 50 euros), je ne vois pas l’intérêt de se presser pour arriver Dimanche aux Canaries, et qu’il reparte lundi matin à 9h. Il n’aura de toutes façons pas le temps de visiter Santa Cruz de Tenerife. Je suis face à un mur, il ne voit pas l’intérêt de s’arrêter au Maroc, alors que moi j’en rêve. En plus j’ai appris que Rémi était à Safi, il a pris un voilier à Lisbonne, et il est très heureux de sa première traversée. A Safi il boit du thé à la menthe et il va au hammam… Je leur dit qu’on est parti sur un voilier, pas sur un bateau à moteur, qu’il faut savoir respecter la nature, même lorsqu’elle nous offre de vents contraires, c’est la vie. Il n’y a rien à faire, mes coéquipiers ont prit leur décision, ils ont promis les Canaries à Christian, ils ne veulent plus reculer. Je décide de laisser passer ma colère, il faut bien que l’entente revienne. Le reste de la journée le vent nous pousse gentiment, mon sourire revient.

Nous ne ferons pratiquement plus de moteur jusqu’à notre arrivée aux Canaries, pour mon plus grand plaisir, et le leur aussi, bien évidemment. Le vent nous a poussé dans la bonne direction, nous avons beaucoup navigué au spi et il y eut des moment où nous ne descendions pas en dessous de 8 nœuds pendant plusieurs heures. C’était à qui arrivait à faire avancer le bateau le plus vite, on s’amuse comme on peut ! Un midi, après le repas, je leur ai dit d’aller faire la sieste, je tiendrai la barre. Pendant presque deux heures je me suis amusé à pousser le bateau à fond, au prix de coups de barre parfois violents. La navigation au spi n’est vraiment pas reposante mais je me sentais vraiment en harmonie avec SOL, je pressentais ses mouvements et je le faisais surfer sur de grosses vagues, c’était génial.

Les nuits ont été mouvementées, peu reposantes, et nous avions hâte d’arriver. Lorsque je prends mon quart la nuit, je suis réveillé par celui qui me précède. Je prends le temps de m’habiller, de me préparer une boisson chaude. J’emporte avec moi de la musique, une barre de céréales, une tablette de chocolat, car une fois à la barre il est quasiment impossible de la lâcher. Le principal soucis ce sont les bateaux que nous pouvons rencontrer. Lorsque j’en vois un, je prends les jumelles, et en fonction de la couleur des feux que je vois (vert, rouge ou blanc) je peux savoir dans quel sens il va. Parfois ce n’est pas évident, surtout que sur l’Océan Atlantique il y a une houle très longue, et un bateau peut très bien être visible à un instant et disparaître l’instant d’après. Au fur et à mesure que les nuits passent mon œil s’habitue, au début je n’hésitais pas à réveiller Jean-Louis lorsque j’avais un doute, maintenant je prends le temps de voir s’approcher le navire et pour l’instant je n’ai eu aucun soucis. J’écoute les quatre saisons de Vivaldi sous le ciel étoilé, et je joue au chef d’orchestre face à l’océan, quel sentiment de liberté ! Lorsqu’il est l’heure pour moi de réveiller celui qui doit me succéder à la barre j’attends toujours que le morceau se termine, et je résiste rarement à une musique de plus…

Les journées se ressemblent un peu toutes, le matin il y en a un qui s’occupe du petit déjeuner (nous connaissons les habitudes de chacun après ces 3 semaines de vie commune!). On se retrouve ainsi pour chaque repas. Le reste du temps je suis soit sur le pont, à la barre ou juste pour admirer la mer, soit allongé pour me reposer, soit en train de faire à manger ou la vaisselle. Et lorsque j’ai un peu de temps et un peu d’énergie, je lis un livre que m’a conseillé une amie, Marine, qui s’appelle « A la croisée des mondes », je m’évade alors dans un autre univers.

L’arrivée sur l’île de Tenerife s’est déroulée le samedi. Nous avons vu la terre vers 10h après 6 jours de mer. Mais entre voir la terre et poser le pied dessus il s’est passé 6 heures ! A la fin, une cinquantaine de dauphins sont venus nous accompagner, ils venaient dire au revoir à Christian qui passait ces derniers heures sur l’océan avec nous. Ils sautaient de toutes parts, nous les avons admiré avec des yeux d’enfants.

La marina de Tenerife c’est un peu de France aux Canaries, la plupart des voiliers porte le pavillon tricolore et font escale ici avant de traverser pour la Martinique. L’accueil est chaleureux. Après cette belle traversée nous nous offrons une bière fraîche dans un bar le long du port, nous l’avons bien méritée !

Dimanche 2 Novembre

Nous faisons quelques lessives, car en mer les habits prennent beaucoup l’humidité. A midi nous allons au marché, très animé. C’est étrange de se retrouver au milieu de la foule après 6 jours en vase clos au milieu de l’eau. Les odeurs de fruits tropicaux nous chatouillent les narines, nous ne résistons pas longtemps. L’après-midi, Jean-Louis et moi nous occupons de l’éolienne. On se rend compte qu’elle ne tourne plus car les aimants se sont décollés. Nous les nettoyons un par un, grattons la colle et les recollons à la super glue. Nous la remonterons le lendemain. J’ai toujours le souhait que Rémi puisse rejoindre l’équipage de Sol, en prenant la place libérée par Christian. Eric le sait mais il ne m’a toujours pas donné son accord, il faut qu’il en discute avec Jean-Louis. Ils s’isolent dans l’après-midi, et lorsque je lui demande quelle est sa décision, il me dit que c’est OK. Quel bonheur ! C’est encore plus fort que voir un dauphin, une baleine et un thon réunis ! (on fait les comparaisons qu’on peut, avec ce qui nous entoure!) J’ai hâte qu’il arrive, il est à présent sur une autre île de Canaries, il devrait arriver dans les prochains jours.

Lundi 3 Novembre

Nous disons au revoir à Christian, une page se tourne. Il va nous manquer car il avait toujours une blague pour nous faire rire. La matinée est décisive car nous apportons notre pilote automatique dans un magasin pour voir s’ils pourraient se procurer la pièce qui a cassé, assez rapidement ! Quel bonne surprise lorsque le vendeur nous apprend qu’il peut la recevoir mardi ou mercredi ! C’est un épine de moins dans nos pieds endoloris par tant de soucis techniques…
L’après midi nous remontons l’éolienne. Elle marche! Je suis content que nous résolvions les problèmes les uns après les autres, il y a bien un moment où il n’y en aura plus! En tout cas j’ai appris des choses en démontant cette éolienne, mes études d’ingénieur m’ont évidemment servi mais c’est autre chose d’avoir les mains pleines de graisses…

Mardi 4 Novembre

Le matin, Jean-Louis est monté au mât. La girouette ne tournait plus, et il a découvert que c’était un fil de pêche qui la bloquait! Etonnant! Il installe ensuite une petite poulie. De mon côté je rédige un petit texte qui me trotte dans la tête depuis déjà quelques jours, vous le trouverez ci-dessous. L’après midi nous allons faire un tour de l’autre côté de l’île, à Puerto de la Cruz. C’est une ville. C’est touristique. Je n’y serait pas allé si ils ne m’avaient pas poussé à venir. Le seul moment que je n’oublierai pas c’est notre visite d’un jardin botanique, c’était splendide. Perdus dans ses plus sombres recoins, j’humais les odeurs de forêt tropicales et je sentais que de l’autre côté de l’Atlantique, l’Amazonie m’appelait… Sur un bateau il y a bien une chose dont on manque: la nature, la verdure, les fleurs et leurs parfums… Normalement Rémi arrive demain, nous allons faire les courses aussi, et réparer le pilote si la pièce arrive. Le départ pour le Cap Vert approche, jeudi sûrement.

Voilà je termine ce mail pas ce petit texte:

C’est l’histoire de Drisse, un jeune qui a le vague à l’âme et qui a été mouillé dans une histoire de trafic decoque. Il était minot, sans défense, tout juste sorti des jupes de sa mère. Il se prenait pour un big boy mais c’était la chèvre du réseau, un vrai mouton tenu en laisse qui suit le troupeau et qui avale tout sans rien dire. Il a pas fait gaffe, et Pataras! Il s’est fait embarquer dans une bagarre qui a mal tourné. Il était choqué que ça dégénère. Il s’est fait frapper, ils voulaient le mettre échec et mat. Ca lui a laissé un goût amer, un bras detravers et des bosses plein le crâne. Voilà ce qu’il a raconté au psychologue de son centre d’accueil, qui ressemblait plus à un gîte qu’à une prison:
« Ecoute, monsieur le psy, moi mon rêve c’est de vivre dans un pavillon de banlieue, tranquille, avoir deschandeliers sur mes murs, à la Louis XVI, et j’ai envie de manger des dorades au safran, c’est trop bon lesdorades au safran. Ma femme me dirait que j’ai du gras et moi, en vrai lover, je continuerai de la draguer en criant « Je t’aime » depuis le balcon et en effleurant sa joue avec ma moustache comme elle aime tant. (En parlant de joues, celle de Drisse devenaient toutes rouges lorsqu’il parlait avec son coeur, et ça le psy, il avait l’oeil, ça lui avait pas échappé). La drogue c’est pour les guignols, ces mecs là ils ont un grin. »
Lorsque Drisse est ressorti de son entrevue il a crié:
« Foc! Le Spi a dit que j’étais en mal de mère! »

Vous l’aurez peut-être deviné, je me suis amusé à utiliser des mots du monde la voile qui ont d’autres sens en français… Voilà, moi je me suis amusé à l’écrire alors autant le partager.

Je vous embrasse fort, à bientôt pour de nouvelles histoires autour du monde,

Jonathan

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Jonathan Rebouillat
(+33) 7 68 67 54 84
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