Mail 7

Bôm dia galera,
 
Espero que vôce ja esta aprendendo o português pra vir aqui no Cabo Verde, é um pais maravilhoso!
 
Je vous ai laissé dimanche, alors que je partais faire du vélo avec Rémi. Quelle chaleur nous avons du supporter! En plus Rémi avait oublié sa bouteille d’eau, nous n’avions donc qu’un litre à se partager. L’île de Boa Vista est désertique, et très vite le chemin que nous empruntions s’est recouvert de sable… l’ennemi du vélo, c’est le sable. Nous poussons donc nos montures sous un soleil brûlant. Nous nous rapprochons de la côte nord de l’île, Rémi veut aller voir une épave. Je me rapproche du bord de l’eau pour voir si je peux pédaler un peu, mais je m’enfonce tout autant… sauf, sauf quand je prends un peu de vitesse, et que je pédale à ras de l’eau, au risque de me mouiller, ce que je ferai plusieurs fois. Rémi me rejoins, nous avançons beaucoup plus vite ainsi. Des centaines de crabes disparaissent dans l’eau en nous voyant arriver, leur ballet est amusant, leur démarche nous fait sourire. Nous arrivons à l’épave… peu intéressant à mon goût. Rémi prends quelques photos dans l’eau (je lui prête mon appareil qui va dans l’eau, à vrai dire je ne prends pratiquement pas de photos, mais parfois c’est sympa). Il est déjà 11h et nous devons être rentrés pour 16h30. Nous n’aurons pas le temps de faire tout ce que nous avions prévu. Mais qu’importe, nous reprenons les vélos et tentons de rejoindre un petit village. Nous n’y arriverons pas. Le vent de face, la chaleur, le sable, le manque d’eau… nous rentrons à Sal Rei, le vent dans le dos, commandons un Malta (boisson à base de malte, non alcoolisée, que nous avions adoré en Amérique du Sud), et buvons une bouteille d’eau presque d’une traite. Quel plaisir de boire!
 
Il est 16h et des poussières, nous rencontrons un jeune français (Johann) qui cherche à changer d’île, Eric accepte qu’il prenne la place de Rémi jusqu’à la prochaine île. Nous quittons Boa Vista à la tombée de la nuit, direction São Nicolau… arrivée prévue demain matin. Que nous réserve cette nouvelle terre? Je suis impatient, excité et heureux, et je ne serai pas déçu!
 
Après une heure de navigation, Johann a déjà le mal de mer, il dormira toute la nuit sur le pont. Je prends le premier quart, de 21h à minuit. Le vent nous pousse fortement, notre vitesse est de 6 – 7 noeuds.
 
Lundi 17 Novembre
 
Au petit matin, São Nicolau est en vue. Nous arrivons dans le petit port de Tarafal vers 10h. J’ai hâte de poser le pied sur le sable noir de cette île volcanique. Nous gonflons l’annexe et ramons jusqu’à la plage. Nous nous dirigeons ensuite vers un attroupement, les pêcheurs reviennent tout juste, le thon passe de main en main. Un peu plus loin, je rencontre un rasta qui vends des habits à même le sol, nous discutons un bon moment, il m’offre un café (il en avait dans un thermos). Il me dit que ses enfants sont au Portugal, qu’il ne les voit que très rarement. Il est originaire d’une autre île, il est venu à São Nicolau car « il est plus facile de survivre ici » me dit-il. Je mesure la chance que j’ai de parler portugais, mes rapports avec les gens sont tellement différents.
 
Je cherche de la colle à bois, la dernière fois, alors que nous étions en mer et que le bateau bougeait pas mal, je me suis accroché et j’ai cassé le haut d’un placard, il faut que je recolle la pièce. Je rentre dans un magasin tenu par une chinoise, je lui demande si elle en a. Malheureusement non, mais en face peut-être, il ouvre dans un quart d’heure. J’en profite pour discuter en chinois avec elle. Elle n’en revient pas. Je suis aux anges. Elle vient de Shanghai, cela fait 7 ans qu’elle habite ici, et même si elle m’avoue que le week-end il n’y a pas vraiment grand chose à faire (du coup elle ouvre sa boutique en permanence je crois) elle est tombé sous le charme des gens d’ici, et de la douceur de vivre du Cap-Vert. Je veux bien le croire. En face, c’est ouvert, je la remercie, et surprise ! Ils ont de la colle à bois !
 
Eric veut retourner au bateau pour que Johann récupère ses affaire et quitte le navire, pas très cool (Rémi n’est toujours pas revenu!) mais bon, cela ne semble pas déplaire à Johann, à qui la terre ferme fera le plus grand bien. Je les accompagne… et puis non, en fait, je vois des jeunes jouer aux cartes dans une maison, je dis à Eric que je reste à terre. Je rentre dans cette petite pièce, c’est un bar en fait, mais de l’extérieur on ne pouvait pas deviner.
 
« Je peux jouer avec vous? »
 
Ils se regardent, sourient, me tendent une chaise, je m’assoie. Ils distribuent les cartes, sans même m’expliquer les règles. Elles sont assez simples en fait, mais complètement différentes des nôtres. Nous papotons, rigolons, mais toujours concentrés sur la partie. Ils ont l’art de faire claquer les cartes sur la table, et se lèvent de leur chaise pour frapper encore plus fort lorsque le coup est décisif, ou bien qu’ils bluffent carrément. Leurs sourires me réchauffent le coeur, ce sont ces moments là que je suis venu vivre. Peu m’importent les monuments, les choses « à voir », les restaurants « à ne pas manquer » que nous trouvons dans les guides. Je ne me balade pas dans la ville, l’appareil photo en bandoulière prêt à dégainer lorsqu’un enfant souriant passera devant moi. Je suis assis avec eux, et je passe des heures à essayer de comprendre leur jeu, leur langue (ils parlent surtout créole, mais aussi le portugais), leurs sujets de discussion, leur blagues. Je me mets à leur rythme. Comme je suis heureux!
 
J’ai une petite soif, je prends un jus de fruit pour chacun, ils me remercient, ils ne savent pas combien c’est moi qui les remercie.
 
Une fois la partie terminée nous sortons. Nous discutons, la France, le Cap-Vert. Je veux leur montrer le trajet que j’ai fait jusqu’ici. Je prends un papier, un stylo, et demande à l’un d’entre eux de me dessiner la carte du monde. Ils étudient le français à l’école, peut être qu’il sauront la situer. Bon. Il commence par le Cap-Vert, puis l’Afrique, après c’est une autre histoire… il sait qu’au dessus de l’Afrique il y a l’Europe et l’Asie, mais il dessine un gros cercle. J’affine le dessin, je leur montre où est l’Amazonie. J’aimerai aller pêcher avec eux mais cela semble compliqué. Ils ne vont plus à l’école, alors la journée ils se retrouvent, certains pêchent, d’autres non. Je ne sais pas trop ce qu’il font. J’aurai une réponse le lendemain, mais d’ici là, patience…
 
Je les quitte, retrouve mes coéquipiers et nous cherchons un endroit où manger. Encore une fois, je dégote un petit resto à l’écart, nous sommes les seuls clients. En attendant le repas je demande à la cuisinière si elle a un jeu de cartes, deux minutes plus tard son fils nous en amène un tout neuf, magique! J’explique les règles du jeu que je viens d’apprendre, et c’est parti. C’est plus calme, je suis le seul qui lève le bras haut dans les airs avant d’abattre ma carte pour la faire claquer sur la table, comme il y a une nappe, elle glisse et Jean-Louis doit la ramasser en permanence… il faut que je m’entraîne. Le repas est excellent, nous rentrons. Autour de l’annexe il y a plein d’enfants, Eric l’avait confiée à l’un d’entre eux pour qu’il la surveille. Maintenant ils sont dix à dire qu’ils en ont pris soin. Il faut décider, Eric me tend une pièce, et je la remet à celui qui était là tout à l’heure. Les autres font grise mine. Nous retournons sur Sol et je m’endors avec une seule hâte, retrouver mes amis pour jouer à nouveau avec eux.
 
Mardi 18 Novembre
 
Le matin je garde le bateau pendant qu’Eric et Jean-Louis vont faire un tour de l’autre côté de l’île. J’en profite pour mettre de la musique classique à fond et me baigner tout nu. Je veut réparer le placard mais je ne trouve pas de pinceau pour la colle à bois. Je pense au blaireau de Jean-Louis mais abandonne rapidement cette idée, il n’apprécierait pas trop. Une seule solution, je me coupe une mèche de cheveux et les rentre dans un petit cylindre en métal (que nous utilisons pour la pèche normalement) que j’écrase ensuite à l’aide d’une pince. Je me suis fabriqué un pinceau, c’est parfois utile d’avoir des cheveux! La réparation faite, je me dit que mon père sera fier de moi quand il verra la photo avec toutes les cales et le balai en travers pour appuyer de l’autre côté! Je fais une petite lessive, et puis Eric et Jean-Louis sont de retour, avec des fruits de la passion, des bananes,… de l’autre côté c’est vert, c’est magnifique, il faut que j’y aille! Après le repas je vais en ville, je cherche un Aluger (taxi collectif) pour me rendre dans ce paradis. J’en trouve un, il tourne encore un bon quart d’heure pour trouver des passagers, et c’est alors que je me rend compte qu’il va a Ribeira Prata et non Ribeira Brava. Je descends, il est tard maintenant, presque 15h. Il y a 45 minutes de trajet et la nuit tombe à 18h30… j’irai demain. Je rencontre Simon, un français qui voyage en voilier avec un ami. Dimanche dernier il a fêté son anniversaire avec Rémi, que nous avions laissé à Boa Vista, le monde est petit. Il est super sympa, ce serait cool de faire la traversée avec eux, mais pour l’instant il me dit qu’à quatre sur son bateau c’est un peu juste.
 
Je le quitte, pour retrouver un peu plus loin mes copains de la veille. Nous nous retrouvons à la même table, je sors mon paquet de cartes, et c’est reparti. Un peu plus tard nous sortons la table pour jouer un peu dehors, ils ne tiennent plus sur leur chaise, la musique les entraîne, il faut qu’ils dansent. La partie se termine, « On va danser maintenant, tu viens? » « Bien-sûr, c’est parti ».
 
Ils m’emmène au Centre Culturel, tout est ouvert, les gens ont accès aux lieux communs si facilement, alors qu’en France il y a des clefs partout, des créneaux horaires et des caméras. Une scène, des rangées de sièges, ils lancent la musique, j’enlève mes tongs, et je me lance…
 
La suite une prochaine fois…
Je vous embrasse,
Jonathan

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Jonathan Rebouillat
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