Ourse et ourson (2024)
Là.
Mon regard se pose sur cette prairie.
Pour la centième fois peut-être.
Toujours personne.
C’est l’ours que je cherche.
Un mythe.
Un rêve, qui le restera peut-être.
Scruter la montagne.
Chercher des indices.
Avec une amie nous sommes là depuis 4 jours déjà.
Des heures et des heures à s’user les yeux dans la longue vue.
Je prends mes jumelles et je balaie l’ensemble du paysage devant moi.
Le couple de gypaètes est là : ils planent, au dessus des sommets.
L’un d’eux porte un os entre ses serres.
Je chuchote :
« Dites moi, où est-il ?
Mes chers gypaètes, vous que j’observe avec tant d’amour depuis des années, aidez-moi. »
Ils s’évanouissent dans les nuages.
Quel est le message?
Je ne le perçois pas vraiment.
Attendre.
Manger.
Boire.
Chaque minute où je n’observe pas la montagne est peut-être celle que l’ours choisira pour traverser la clairière.
Faire une apparition, avant de regagner le sous-bois.
Quel affût exigeant.
La tentation est grande de se résoudre.
De croire que c’est peine perdue.
Un circaète se pose sur une crête.
Je l’observe à la longue vue.
Soudain il se laisse glisser devant la falaise.
Et
Non
Je ne rêve pas
Un ours
Il me l’a indiqué.
Ce n’est que 2 minutes plus tard que je me rend compte qu’un ourson est à ses côtés.
Les larmes coulent sur mes joues.
Je n’en crois pas mes yeux.
J’ai eu l’immense chance de les observer pendant 5 heures, jusqu’à la nuit. Leurs silhouettes se sont fondues peu à peu dans l’obscurité.
En revenant chez moi, plier était un besoin, un impératif vital, une façon d’exprimer ces émotions si intenses.
Une bande de papier pour l’ourse, une autre pour l’ourson. Et des heures de travail, le cœur au diapason de mes dix doigts, les yeux rivés sur les images que j’ai pu filmé de ces deux ours. Car ce sont eux que j’ai voulu représenter, pas des ours en général. Ces individus là, qui ont changé l’homme que je suis.
Merci
