Parcours

« Mes voyages préférés sont ceux au cours desquels je me présente à la nature à armes égales, sans moteur, sans pouvoir aller plus vite que mon énergie ne l’autorise. »   Sylvain Tesson

Comment devient-on origamiste ?

À 18 ans je voulais être poète. Mais ni la conseillère d’orientation, ni mes parents, ni mes professeurs ne me comprenaient vraiment. Comment l’élève qui excelle en Mathématiques, en Physique et en Chimie peut-il ne pas suivre la voie toute tracée des classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieur ? Mon amour pour l’apprentissage des sciences m’a convaincu de suivre ce chemin… Mais au bout d’une année je déchantais. Les ingénieurs me semblaient complexifier toujours plus ce monde, en apportant des solutions technologiques à un problème systémique. 

 

Face à l’urgence climatique je ressentais la nécessité de faire un pas de côté, de changer de paradigme, en retrouvant un mode de vie plus simple, plus doux, plus lent, en harmonie profonde avec le vivant. J’avais l’impression d’être né au mauvais endroit et je rêvais de vivre dans une tribu d’Amazonie. Je m’évadais sur les touches noires et blanches de mon piano. Chopin, Bach et Beethoven m’envoûtaient. Je faisais résonner leurs plus belles partitions sur mon vélo fendant l’asphalte parisien, deux hauts parleurs fixés sous la selle, alimentés par une batterie de 3 kilos que je portais dans mon sac à dos. Proposer de la beauté au milieu du vacarme des autos, telle était mon envie, la mission que j’étais donnée. J’étais heureux de semer de la poésie sur mon chemin. La rencontre avec le papier se fit plus tard, grâce à l’Amazonie !

 

Par quelle magie ?

L’été de mes 21 ans, lors d’un voyage pour faire du volontariat, je suis tombé amoureux de l’Amazonie. Deux années plus tard je réussissais à terminer mon école d’ingénieur. Mais durant cette parenthèse parisienne, j’avais eu une deuxième vie, plus militante, dans les milieux de la décroissance, de l’anti-pub et des vélorutions. Mon diplôme en poche j’ai enfourché ma bicyclette et je suis parti en voyage. Je n’ai d’ailleurs jamais voulu passer mon permis jusqu’à ce jour. J’ai parcouru la France, l’Espagne, à la poursuite de rien d’autre que de ralentir, de découvrir d’autres façons d’habiter cette terre auprès de ceux qui vivent en communautés et en éco-lieux de toutes sortes. À 25 ans, c’était plus fort que moi, il fallait retourner là-bas, en Amazonie. Pour y vivre cette fois. Sans retour. Et sans pétrole. Une grande aventure m’attendait. Partir de Toulon, à la voile, découvrir la vie de matelot, tomber sous le charme du Cap-Vert, puis traverser l’océan. Du bleu, rien que du bleu. Et de l’autre côté, en Martinique, tomber amoureux de l’origami. Une dame m’a montré un pliage d’une bouche qui s’anime pour faire des bisous, je fus subjugué ! J’ai vécu une année dans une tribu Kichwa d’Équateur (récit complet de mon voyage) avant de décider de rentrer. Et c’est là que mon chemin de créateur d’origami a débuté.

Comment on crée un origami ?
 
Ma première création fut un gorille. Je pliais le papier, je l’observais entre mes doigts, et un instant plus tard, ce fut le papier qui me regardait. Cette rencontre m’a coupé le souffle! Depuis ce moment, je suis dans un processus de création personnelle. J’utilise du papier épais, fait pour l’aquarelle, que je mouille avec de l’eau, ce qui permet de réaliser des courbes qui resteront figées une fois le papier sec. Je suis attiré par la simplicité et la recherche de l’essence. Je passe beaucoup de temps à observer les animaux autour de moi, en particulier les oiseaux et les mammifères. C’est la première étape de mon processus de création: des heures et des heures cachés dans la forêt, avec des jumelles pour voir qui apparaît. L’origami est pour moi une manière d’exprimer l’émotion que j’ai eue lors de la rencontre, comme un hommage à la beauté de la vie. Nous avons tant à reconstruire pour vivre à nouveau en harmonie avec les autres êtres vivants!
Pour découvrir comment je plie un modèle, vous pouvez visionner une vidéo en cliquant ici

Quelles sont les règles auxquelles tu te plies toi-même dans l’exercice de ton art ?

L’origami est un art exigeant. Un seul papier. Plié, courbé, mais aucun découpage ni collage. Chaque face du papier peut être colorée, ce qui nous offre uniquement deux couleurs. Et c’est par le pliage que les touches de couleurs doivent venir aux bons endroits. Ces contraintes sont des sources de créativité pour mon travail. Mais parfois je ressens le besoin de les dépasser : un petit coup de pinceau pour le sourcil rouge du Grand Tétras par exemple.

Tu restes avant tout un observateur attentif de la nature. Pour quelles raisons être connecté à tes sujets te semble-t-il essentiel ?

Le monde sauvage est une grande source de joie et d’émerveillement. Observer, enquêter, chercher, patienter. J’y puise mon inspiration. Et l’origami en est l’expiration : la traduction en plis d’une émotion trop intense pour rester immatérielle. Je ressens presque physiquement le moment où je dois plier. C’est comme une urgence : soudainement je sens que tout s’aligne en moi, mon cœur relié au sauvage semble prêt à animer le mouvement de mes deux mains sur le papier. La magie peut opérer. Mais pour tout vous dire, je suis bien plus souvent dehors, à arpenter la montagne jumelles autour du cou, qu’assis derrière mon bureau à créer des pliages !

Tu sembles prendre un réel plaisir à immerger tes origamis dans la nature, à les y photographier. D’où t’est venue cette idée originale ?

Dans le monde de l’origami on partage souvent ses créations en photos, prises en lumière artificielle pour que chaque détail soit perceptible. Le fond importe peu, c’est l’origami que l’on souhaite montrer. Au début je faisais comme tout le monde. Et puis, un jour j’ai sorti ma mésange à longue queue dehors, je l’ai posée sur une branche, et je l’ai trouvé si belle à sa vraie place. Ainsi ce n’est pas tant l’origami que je souhaite montrer mais l’oiseau, dans son milieu, et comment il m’a touché au point de vouloir le faire naître à partir d’un carré de papier.

Depuis ce jour, je ramène mes créations dans leur biotope, souvent au pied de la falaise ou dans la forêt où j’ai observé les vrais animaux qui m’ont inspiré le pliage. Ils sont ici chez eux. Et la photo vient clore mon chemin de création dans le lieu même où il a commencé.

Comment faire rimer origami et écologie ?

L’origami est un art qui ne s’encombre pas de beaucoup de matériel. Un carré de papier, quelques pinces, un verre d’eau et c’est parti ! Pour transporter mes œuvres de festivals en exposition, je prends le train ou le vélo : le papier à l’immense avantage d’être léger.

Ma pratique de l’origami comme aboutissement d’un processus naturaliste a aussi pour objectif de sensibiliser au sauvage. Rendre hommage à la beauté de tous ces êtres, rendre visible les liens qui nous unissent : si nous venons tous d’un même carré de papier, c’est bien que nous ne sommes pas si différents ! Ré-apprendre à cohabiter, voilà l’urgence.

Une nouvelle passion : la vidéo !
      Depuis quelques moi je me lance dans la réalisation de courtes vidéos animalières.
J’accompagne ces vidéos de musique classique que j’adore. Mon objectif est de mettre en évidence l’incroyable beauté du monde sauvage. Partager avec vous l’émotion de ces rencontres. Témoigner de la fragilité et de l’urgence de protéger toutes les formes de vie de cette planète.
 
Toutes mes vidéos sont accessibles ici : VIDEOS.
 

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Jonathan Rebouillat
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