Pingouin torda (2024)

Si l’élégance avait des ailes, elle serait un Pingouin torda.
Son visage semble maquillé avec tant de finesse et d’harmonie.
Quelle beauté que ce trait blanc immaculé fendant son bec noir d’ébène, et semblant poursuivre son chemin jusqu’à la naissance de son oeil.
Quelle poète fut celui, qui, jouant avec ses pinceaux, fit preuve d’une telle délicatesse ?
Sur la grande falaise qui l’abrite, le Macareux moine et le Guillemot de Troïl ne sont pas en reste.
Mais aujourd’hui c’est le Pingouin torda qui nous intéresse.
C’est lui que j’ai voulu honorer par un origami.
Un carré de papier.
Noir d’un côté, blanc de l’autre.
Ni coup de ciseaux, ni peinture a posteriori : c’est par le pliage que la face blanche vient se faufiler entre deux parties noires et dessine ainsi ce visage si particulier.

Cela faisait des années que je rêvais d’y parvenir. Mais je n’avais même pas essayé, tant le défi me semblait grand.
Et puis, dernièrement, lors d’un atelier donné à la Cité des Oiseaux, en Vendée, j’ai eu la révélation.
Mes stagiaires du jour s’essayaient pour la première fois à cette technique merveilleuse du papier d’aquarelle mouillé (celle que j’utilise pour mes créations). Je leur avait donné carte blanche : un carré de papier, rien d’autre. Aucune instruction. Sauf celle de laisser ses mains faire. Ne pas avoir d’attente : grand exercice de lâcher prise.
Comme à chaque fois, un silence d’or s’installa rapidement. Chacun était bien concentré sur ses mains.
De mon côté, je plongeais dans l’exercice aussi, mais une pensée s’invita soudainement : et si j’essayais d’obtenir ces changements de couleurs du visage du Pingouin torda ?
Les minutes qui suivirent je n’étais plus vraiment là.
Hypnotisé.
Envoûté.
Entre mes mains, je tenais une piste.
L’atelier s’est terminé, chacun était heureux d’avoir pu découvrir des facettes de l’origami qu’il ne soupçonnait pas.
Au fond de moi, une flamme s’était allumée.
Le Pingouin torda voulait naître.
Il devait naître.
Pour la première fois en origami.
De retour chez moi, je m’y suis attelé.
Et quelques semaines plus tard, il a vu le jour, entre mes mains.
Aujourd’hui je vous le dévoile.
Il est fin prêt à s’envoler !

Plié à partir d’un rectangle de papier Arches (185 g/m²)